Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Ce récit de Jean-Luc Coudray développe avec une logique implacable mais non dénuée d’humour les expériences d’un homme animé d’une curiosité qui l’engage à penser le monde dans lequel il vit selon une dialectique toujours surprenante.
Pour être parfaitement respectable, Mister Tock s’affuble de tous les attributs du gentleman anglais. C’est donc avec flegme et comme par distraction, qu’il traverse les murs, lévite tel un hélicoptère, gravit l’Everest en chaussures de ville ou se transforme en bactérie. Sa capacité expérimentale est sans limite mais il peut aussi simplement philosopher ou se laisser aller aux divagations poétiques de promenades non planifiées. Mystique sans croyance et homme imprévisible, il doit son unité à la finition exemplaire de son complet veston rigoureusement British qui en fait un sphinx contemporain.
Extrait
Le vendeur
Un matin d’hiver, Mister Tock monta les escaliers d’un immeuble, puis sonna au numéro vingt.
“ Vous désirez ? lui demanda une dame sans âge, sans fonction et mal positionnée dans sa journée.
– Je vends Dieu.” dit Mister Tock.
La dame resta un moment sans réagir puis fit entrer le représentant.
Il s’assit entre deux plantes vertes, ces caoutchoucs qui ne veulent rien dire.
“ Combien coûte Dieu ? demanda-t-elle.
– Trois cent mille euros.” répondit Mister Tock.
La dame se demanda comment réunir cette somme.
“ Prendrez-vous un peu de sirop ? dit-elle.
– Si vous voulez.” dit-il.
Pendant qu’elle s’affairait à la cuisine, Mister Tock prit en mesure la bourgeoisie du salon. La dame était de classe moyenne non ascendante.
“ Vous êtes de quelle secte ? demanda la dame.
– La mienne.” répondit-il.
À ce moment, un perroquet vociféra depuis la pièce voisine, augmentant l’espace.
“Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ? demanda la dame.
– Je les vends.” répondit Mister Tock.
L’appartement, aérien, feuillu, morcelé en ambiances contradictoires, défendait la dame.
“Je vous propose une mensualisation.” dit Mister Tock.
Il ouvrit un dossier qui comportait un grand nombre de mois.
“Je ne suis pas sûre de vivre autant, dit la dame.
– Si vous mourez, vous obtiendrez Dieu moins cher.” dit Mister Tock.
Le perroquet cria encore, d’un hurlement toujours neuf.
Des photos de famille, punaisées comme des papillons, montraient d’énormes oncles et d’énormes tantes dont les yeux en ocelles éclairaient les murs.
Malgré l’altitude de l’appartement, des taches d’humidité ne voulaient pas mourir.
Le soleil, enfin dégagé d’une météorologie urbaine, fit hurler les couleurs du perroquet qui exprima une gaieté cruelle.
Dieu commençait à attendre pendant que Mister Tock trempait dans le sirop ses lèvres de roseau.
L’horloge sonna cinq heures, sommet hormonal de l’après-midi.
“Avez-vous déjà eu des clients ? demanda la dame.
– Non.” dit Mister Tock.
Puis, il ajouta :
“Mais, je vends aussi des brosses à dents.”
Quand il déroula ses échantillons, ils se retrouvèrent tous les deux à quatre pattes, fortement soulagés par les formes excentriques et les couleurs des ustensiles.
La dame acheta une brosse fluorescente à un prix très raisonnable.
Mister Tock put alors prendre congé et la dame se retrouva seule, sans Dieu, sans mari, sans enfants, sans voiture.
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Illustrations
En couverture : reproduction d'une peinture de Philippe Coudray