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Les collections > Thoth
DemainPatrick Da Silva
Biographie et bibliographie de l'auteur Propos du livreDemain, un homme est condamné à mourir. Demain, ou un lendemain proche... et dans les jours qui précèdent sa mort, une femme veille, fille ou amante, à la fois bourreau animé par trop de manque, déchiré par l’amour et la haine.
Deux histoires. Pas les mêmes lieux, pas le même temps, pas le même monde. Deux femmes ou peut-être la même. ExtraitVous êtes tombé. On vous a trouvé un matin étendu dans un pré. Des promeneurs, un dimanche matin. C’était en mai. Vous étiez en bras de chemise. On vous avait vu la veille resuivre la clôture. La masse était près de vous sur l’herbe mouillée, des poteaux d’acacia dans la remorque du tracteur. Le frère a appris tout ça et que sans doute vous aviez passé toute la nuit dehors. Depuis quelque temps les gens le lui disaient, depuis un moment les gens qui vous croisaient : il va pas fort, il a pas bonne mine tu sais. Le frère l’a prévenue. Elle a bataillé une semaine. Elle s’est rendue. À l’hôpital elle vous a vu nu sur le lit, avec tous les pansements, les yeux fermés, intubé de partout. Elle a pris une chambre d’hôtel. Elle est revenue le lendemain, et encore. Quand vous avez retrouvé vos esprits, l’usage de vos jambes, qu’on vous a débranché, alors, alors seulement elle est retournée à la maison ; vingt ans qu’elle en est partie, vingt ans. La maison était vide. Elle a pris à la maison, dans vos affaires, des habits propres ; elle vous les a apportés. Vous avez mis vos habits propres, vous flottiez dedans, vous vous êtes coiffé. Elle vous a sorti de l’hôpital. On l’a traitée de folle et de criminelle : sans les rayons, sans la chimie vous étiez condamné. Vous avez signé les papiers. Elle vous a ramené chez vous. Elle s’y est installée. Il vous a fallu trois jours, trois jours seulement, et voilà : Tu me tueras. Tu dis oui. Tu dis oui maintenant ! Ou alors tu t’en vas.
Elle a pris la chambre de la mère, comme ça, elle est juste à côté,
elle vous entend à travers la cloison. Elle n’a pas rouvert les
persiennes.
IllustrationsPhoto de couverture : Jean-Pierre Estournet |