Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Dans de ce récit, Serge Bonnery nous parle du manque, d’un fil rompu
qui remonte à la tendre enfance des personnages, mais plus largement, à
l’aube de l’humanité.
Composé d’un certain nombre d’épisodes à l’emboîtement savant, ce livre
met en scène trois personnages: L’une part. L’autre en meurt. Reste le
narrateur. Son trouble très vite est le nôtre. Qu’a-t-il pu se passer?
Qu’y a-t-il de vrai dans cette histoire pleine de trous? Écrit sur le
fil d’un courant à remonter, ce récit, en de courts chapitres, par
paliers, dit un trop plein de vie, une enfance comme un paradis qui
s’est retiré du jardin... Mais s’il n’y avait jamais eu que des anges
dans cet autre temps qu’est l’enfance? Et si le cahier noir de Jean
n’était rien d’autre que lambeaux de souvenirs à ravauder, roses noires
à monter en bouquet alors que manque le fil. Saurons-nous jamais ce que
c’est que d’aimer?
Extrait
La couleur de Jean était le bleu. Il aimait le soleil, la lumière, le matin.
Il écrivait à l’encre bleue, dans un cahier d’écolier, des souvenirs
nous concernant. Il s’était résolu de consacrer à cette tâche plusieurs
heures par jour. Il se retirait dans le salon bibliothèque. Porte
close. Ni Marie, ni moi n’avions alors la moindre idée de ce qu’il
pouvait faire.
Dans ce cahier, la succession des mots liés entre eux par toutes sortes
de procédés constitue ce qui demeure de la trame de nos vies : une
trace. Jean a tout raconté. Ce que tu n’es pas devenue pour lui. Ce que
je n’ai jamais su être auprès de toi. Sa maladie.
Depuis sa mort, je relis ce cahier. Je n’ai plus besoin de m’isoler
pour lire. Tu es partie. Jean est mort. Je reste seul, le cahier noir
entre mes mains, quand il n’est pas soigneusement rangé dans le dernier
tiroir de ma commode, là où il repose, là où j’ai accumulé tant
d’objets qui me parlent de vous.
Ce cahier est mon dernier bien. Le plus précieux. Pourvu que je ne
l’égare pas. Pourvu qu’il reste le témoin, la preuve que toute cette
histoire a bien eu lieu.
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Illustrations
Photo de couverture : Roman Bonnery