Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Ici le cri est rouge, conçu dans l’exigence, dans l’intensité, la solitude aussi.
Le narrateur, vit dans le quartier des viandes. Ça pourrait s’appeler
rue de la boucherie, comme la rue où il est né, mais non, c’est
quartier des viandes. Son univers est une réalité dure et violente, qui
se confond avec le souvenir du père et ses rêves troublés par de
vilains démons. Au fond de lui, il y a plein de gens qui se battent et
se débattent, qui agonisent dans le même chaos. L’obsession de la
viande s’est confondue avec l’attirance et la peur de la chair, le
rapport à la nudité avec l’impuissance à aimer. Avec ce texte errant
sous forme de récit un travail s’accomplit sur la langue : on la tord,
la déplie et, finalement, la déploie.
Le cri rouge ouvre ici ce qui pourrait bien être un espace vital.
Il faut découvrir ce texte comme une histoire fantasmagorique où
résonnent des voix singulières, souterraines et impalpables dans la
nudité des corps qu’elles habitent parfois.
Après tout, exister, ce n’est peut-être que caresser la surface du monde et la peau des êtres qui existent.
Extrait
Ça sent la viande. La viande fraîche, rouge, saignante. De celle qui
n’attire pas encore les mouches. Ça sent la viande et la mort. La
viande morte. De celle qui dégouline quand t’appuies un peu dessus, qui
perle du jus quand t’y enfonces le doigt. Ça sent la viande. Qui
suinte.
C’est l’odeur de la ville qui vient jusque dans mon lit,
qui se glisse au cœur de mon sommeil, qui me donne des turbulences dans
la nuit. Des turbulences à mes nuits.
J’ai toujours été un agité, l’agité du quartier. Du quartier de viande.
C’est là que je vis, que je traîne ma carcasse : quartier des viandes.
Ça pourrait s’appeler rue de la boucherie, comme la rue où je suis né.
Rue de la boucherie, quand tu nais là, ça marque la vie.
Mais, non, c’est quartier des viandes.
C’est quartier des viandes. C’est aussi rouge que le jour de ma
naissance. Voir le jour dans le sang, ça donne envie de crier. Ça donne
la rage et la gueulante pour le restant de ses jours.
Ma vie est un gueuloir. Un dégueuloir. Un jour rouge.
Lire un autre extrait
Illustrations
Photo de couverture : photographie de J. Defaye.