Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Glacés. Les morts. Le père et la mère. Et Fred, l’ami, l’aimé, l’accompagnateur, celui du peuple des frontières.
Glacées. Les collines sous la neige, la forêt squelettique, la maison.
Glacé. L’amour quand plus personne ne sait ce qui se passe avec lui
excepté peut-être l’arbre très vieux et Thérèse, la magicienne, la fée.
Ce récit est comme un cristal il en a les arêtes et la flamme, vive sous la glace.
“La question du suicide. Du suicide au quotidien, du choix incessant
entre l’ombre et la lumière, le monde de l’obscur, dans l’immédiat plus
facile, le monde qui a peur, refuse et renonce, profondément brutal,
et, je le crois, fondamentalement inhumain, et le monde de
l’acceptation, de la douceur, celle qui semble si rude à revêtir, la
robe de la connaissance, profonde.
Une femme se retrouve sur la terre rase, c’est-à-dire devant l’être, dénudé, à l’extrême.” (M.-D. Xerri).
Extrait
Fred et Thérèse arrivent.
C’est la fin de la matinée du dimanche.
Fred frappe énergiquement à la porte d’entrée. Je le découvre
rayonnant, illuminé d’un immense sourire. Thérèse, plus modérée.
Temps d’arrêt, ils me regardent, leurs yeux s’étonnent de mon air surpris.
Fred m’attrape par les épaules, fortement, et m’embrasse avec
conviction. Il fait beau. Ce soleil, ce soleil sur cette neige ! C’est
merveilleux. Comme elle brille ! On ne peut pas la regarder. On ne
reconnaît plus rien. Nous ne retrouvions pas la maison. Il est très
chaud, le soleil, nous pouvons manger dehors. Nous allons sortir la
table du hangar, comme au printemps, ce sera le printemps au milieu de
l’hiver, la table des beaux jours plantée dans la neige. Anachronique.
Nous n’y comprendrons plus rien, nous ne saurons plus où nous sommes,
quand. Oui, nous serons égarés dans l’hiver. Égarés dans le printemps ?
Fred continue. L’arbre a des bourgeons, de petits bourgeons blancs,
oui, tout juste éclos, en petites fleurs blanches comme la neige.
Thérèse rit, il a raison Fred, c’est exceptionnel ce printemps. Ils
sont toujours dehors, à l’entrée, je sors avec eux, je suis avec eux,
au cœur de l’étrange printemps.
Je suis tout de suite dans ce pays extraordinaire. Nous marchons sur
une mousse pailletée, qui répond d’un chant cristallin à nos pas, nos
yeux à moitié fermés, distinguent, de-ci, de-là, des ombres
opalescentes, des voiles fantomatiques mouvants, la voie lactée du
nouveau jour.
Les mots s’espacent. Nos paroles blanches sèment leurs notes au gré du
vent, et composent, folles musiciennes, la mélodie de l’autre monde. Je
ne comprends plus ce que dit Fred. Il ne fait qu’émettre des sons.
Mes yeux sont pratiquement fermés. Fred, Thérèse, sont enveloppés de
vapeurs fluides, ils deviennent nuages, et se meuvent, à peine, en
gestes arrondis et souples, sur le ventre étoilé des collines.
Mes paupières tombent, l’air tiède roule dans mes cheveux, l’air tiède
souffle délicatement autour de moi, dehors, dedans, me soulève,
m’emporte.
L’air chaud me balance, c’est délicieux, il me bouscule. Je m’abandonne
à lui, il me porte, comme l’amant porte l’amante, je bascule, en
douceur, l’air me pose amoureusement dans la neige.
Des mains me prennent la taille, des mains envoûtantes soulèvent mon
corps lourd, et l’emportent dans la maison. Le vent siffle quelques
notes à mon oreille, et petit à petit, j’ouvre les yeux.
La bouche de Fred, tout près, la bouche de Thérèse, juste à côté, un peu en retrait. Ce n’est rien, un vertige.
Un autre monde. Le nouveau jour.
Ils comprennent, Fred et Thérèse.
Cette idée de manger dehors, superbe.
Nous sommes vite installés autour de la table. C’est ce que nous
voulons, être assis dans le soleil, dans la neige, face aux collines.
Nous buvons du bourbon, sans glace. La couleur ambre dans nos verres,
au bout de nos doigts, levés dans le paysage ensoleillé, rayonne comme
le feu. Je regarde la boule irisée au milieu de la longue main de Fred,
le joyau s’approcher de la bouche de Thérèse. Se rendent-ils comptent ?
Fred me regarde, oui, il voit bien la même chose que moi, son regard me
dit aussi de me calmer, de ne pas m’affoler si vite. Thérèse a les yeux
dans les collines. Thérèse n’est pas avec nous, c’est sûr.
Elle boit une gorgée de couleur, elle se sent observée, elle tourne la
tête vers moi. Elle sourit Thérèse, elle me sourit. Elle rit en me
regardant. Thérèse rit de ses pensées, c’est sûr.
Elle ne dit rien, et vide son verre d’ambre. Tout transparent. Elle le
prend à deux mains, comme une boule de cristal, le lève devant ses
yeux, et regarde les collines au travers.
Thérèse, la magicienne.
Thérèse lit les collines lointaines. Et elle rit. Puis, nous regarde.
C’est la vie de Thérèse.
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Illustrations
Couverture de Bernadette Griot.