| Accueil | Recherche | Votre panier | Valider votre commande | Conditions de vente | Nous contacter |
|
Catalogue
et librairie en ligne Les librairies partenaires
En partage
L'association
Pour recevoir notre lettre d'information
|
Les collections > Thoth
LaërteMarcel Alocco
Biographie et bibliographie de l'auteur Propos du livre
Les périodes troublées ont recours aux mythes, les temps de confusions
les réinventent. En nos temps où tout semble avoir été dit, comment
avoir recours aux mythes, si ce n’est en les réinventant, en les
écrivant de nouveau, en un style où tout se mêle, se découpe et
s’assemble. J’ai été fait des miettes du monde. Archipel, éparpillé de
par la planète, j’ai employé la longueur d’un voyage, qui n’a d’autre
mesure que moi-même, à rassembler tout ce qui me constitue. Ici, dire
et écrire n’a de valeur que dans le déferlement et dans l’absorption.
Et le style de Marcel Alocco présente en effet cette flamboyance qui
vient du fonds des siècles pour investir notre temps et rendre
acceptable la parole, qui déborde le soi en intégrant ces vagues venues
de tous les horizons. J’ai souffert le sacrifice d’Iphigénie, les
viscères blessés de Clytemnestre, la mort de Patrocle et celle d’Hector
outragé, le malheur d’Andromaque, l’angoisse de Cassandre et l’espoir
douloureux d’Hélène. J’ai souffert l’exil d’Oreste, et les misères sans
récits des paysans de la Troade. Homère se plaint que le triste Laërte
le poursuit de sa haine, qui ne pue que clamer dans le vent ses
délirants propos. Aucun scribe pour recueillir mes dires. Il est vrai,
je ne vois rien de mes yeux, si ce n’est le paysage et des gens qui
s’agitent sur les écrans muets. Comme Tirésias perd la vue pour devenir
voyant, Œdipe ne perçoit pas ce qui crève ses yeux. La vérité ne
brillera qu’au centre de sa nuit. Et moi je suis dans le soleil, dans
le blanc de la page en attente. Extrait
Ce phare minuscule sur lequel je veille, la flamme de siècle en siècle
nourrie, ma lignée consumée à la tâche : veiller sur le vide de la mer
et le trop plein des ports. Il n’y aurait plus de lumière si tous
devenaient marins. Les barbares parcourent la terre tandis qu’assis
près de leurs feux, abrités dans la réalité fragile des signes, ceux de
l’écriture attendent passages et retours. Il pèse un mot un pas, il lui
reste ce bruit de feuillage remué pour dire que le monde marche, pense…
que pourrait-il faire d’autre, sinon tourner comme une toupie sur
lui-même pareil à un homme qui fait le bilan ? J’ai marché, j’ai pensé,
le rythme de mes pas défile dans ma tête, et j’ai vu que c’était une
bonne chose de bercer comme un enfant un vieux chagrin dans la masse
des mots et la longue caresse des pas qui mesure année après année,
toujours nouveau, le vieux chemin.
IllustrationsDessin de couverture de Marcel Alocco. |