Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Le temps du sel, le temps de la décantation, puis de la
cristallisation. Deux vies. Deux vies entrelacées, liées par des
destins semblables, chacune des partenaires revendiquant ses choix, les
assumant en toute connaissance. Une grand-mère, une petite-fille. La
seconde; la plus jeune voulant apporter à l’aïeule ce qui ne lui a pas
été donné et qui lui était dû; ce qu’on lui a ôté: le sens même de sa
vie.
Une prise en charge qui va jusqu’à la fusion des deux destins, une
osmose peut-être provoquée par l’acte nécessaire accompli dans un désir
de réhabilitation, de justification; l’effacement et l’oubli de toute
blessure. D’une certaine façon, le cheminement même du peintre face à
sa toile, qui dissèque son motif pour en saisir les éléments
essentiels, puis réanime l’ensemble recomposé selon sa propre exigence.
Que veut cette femme? Aimer. Elle écrit pour cela. Pour voir clair. Autrement.
Elle se nomme Lisa, entre mer et étangs. Silex ouvert, elle fait le
récit de sa libération. Pour pouvoir créer. Peindre. Se tenir dans la
dignité. Dans le défi relevé de celle qui règne par son absence, la
grand-mère, Angeline, celle du causse. Celle qui sut partir, royale de
liberté.
Ce récit a, des salines, les cernes noirs et les feux étoilés. Le temps
du sel est celui des mains ouvertes sur le plein ciel d’une vie à
l’écoute d’elle-même, ouverte à ce qui vient. Tout ce qui vient.
Extrait
Ce soir-là Alex n’était pas rentré. Comme bien d’autres soirs. Angeline
a passé toute la nuit assise près de la fenêtre. C’était la pleine
lune. À surveiller le portail toujours ouvert, la cour où pouvait
entrer la voiture légère d’Alex attelée à son alezan préféré. À guetter
le claquement précis des sabots sur la route pierreuse. Toute la nuit,
dans la lumière de la lune qui balayait lentement la chambre, caressant
tour à tour l’armoire et la commode, l’alcôve où dormaient les enfants,
le lit ouvert et vide. La lune a pâli, une aube modeste s’est levée,
grise. Du côté des communs bêtes et gens commençaient à bouger, à
soupirer, à s’ébrouer.
Angeline a parcouru la maison encore
sombre où elle aurait dû déjà vaquer, servante parmi les autres
servantes. Mal acceptée, cette fille droite et blonde, et qui se
taisait. N’avait amené que peu de terres, encore moins d’argent; mais
des métiers à tisser dont on ne savait que faire; des armoires pleines
de linge, des draps et des draps, en chanvre, en lin; des caracos et
de fins jupons. Des tas de jupons. Une extravagante. Ses parents, des
gens de là-haut, du causse, étaient tous morts. Ce mariage, un caprice
d’Alex, plus violent, plus exigeant que tous les autres. Bien sûr il y
avait les enfants, il jouait et riait avec eux entre deux escapades.
Angeline a fait chauffer le lait, préparé le pain, mis un gros morceau
à part avec des noix et des pommes. Réveillé les enfants; pendant leur
déjeuner a préparé les affaires, l’essentiel pour eux et pour elle.
Enfermé le tout dans la panière d’osier où ses parents avaient mis ses
vêtements et ses bonnets quand elle les avait quittés.
Ils sont partis avant que personne n’entre dans la salle, ont suivi la
route jusqu’au village proche où des gens amis habitaient. Qui n’ont
rien dit, aucun mot ne pouvait plus toucher Angeline.
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Illustrations
En couverture, reproduction d’un pastel de l’auteur