Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Là où le nu est bleu va le poème. Les mots ont à peine le temps de
traverser l'origine que déjà ils remontent. Et c'est le monde qui
renaît. Dans ce qui reste, cette voix de femme. Nudité des braises sous
les cendres devenues bleues. Effet d'un souffle amoureux. La vie, au
bout.
Extrait
Et si le bleu et le noir du ciel n'étaient que couleurs d'absence de parole, au sein de toute parole proférée ? "
" (…) mais aussi l'espoir plus tenace que la vie que, du noir fond du
malheur, pourrait un jour reparaître un pan, un coin de ciel bleu. "
Des poètes du noir ou des poètes du bleu ? " Noirs ou bleus, au bas de
nos fronts, ils brillent de ce qu'ils nomment ". Même si le nu devrait
être ce qui ne se nuance pas, " le noir du commencement ", je choisis
le nu bleu - et je ne sais si dans ce choix joue en moi une
réminiscence d'un tableau de Matisse - pour moi le nu est bleu et au
matin souvent tout bleu, l'azur demeure.
J'admire l'ascétisme des prêtres pornographiques du noir, mais je n'ai
pas la force de redire sans cesse la tautologie de " l'hiver ", du "
froid sec ", d'une " lumière froide " ou de la mort.
Le noir ne se nuance, ni ne s'image. Il ne se conjugue pas.
L'hibernation du langage me pétrifie, et l'espace noir, le noir nu
géométrique, dans sa beauté ou sa laideur de mort.
Certes la mort, le noir total, la fin et le début, sous la lourde
pierre, le socle se referme, la fermeture de la pierre sous laquelle
j'essaye de crier. Mais le cri ne sort pas, aucun son ne sort, je suis
aphasique.
Le nu noir est l'aphasie.Le noir gluant qui pénètre les oreilles, la
bouche et les yeux et empêche de voir et de hurler. L'impuissance
horrifiée devant quelque chose de plus fort. La peur absolue. La terre
tombe dans la bouche, étouffe jusqu'au cri, la lourde pierre tombale,
le clos, le fermé. La fermeture, la couture. Bouche cousue. Dans la
mort, je suis exposé à la violence absolue, au meurtre dans la nuit.
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Illustrations
Photographies de Sonia Guérin, Jean-Marie Rivello (ci-dessus), Béatrice Bonhomme, dessin de Mario Villani.