Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Dans les ramas repose sur un aller-retour incessant entre exposition et
retrait, entre repaires montagnards et bascules des villes, solitude et
histoire. Là où tout est muet – le plus souvent en bordure d’un monde
mouvant, imprévisible et dangereux comme le nôtre – établir le silence
est affaire de ce bleu d’éclipse qui tel un défroissé d’âme qui passe
traverse cette fine terre du poème feuilletée d’air et de lumière,
parole qui se risque à dire son mot sur les horreurs, outrances, zones
d’ombre où se noie toute réalité. Parole qui entend prendre le silence
sous sa sauvegarde, celui qui crée un écart qui garde suspendu à sa
source l’élan du sens, « voix de demain. Et qui déjà appelle à la
relève ».`
Dans les ramas mêle à ces compositions bloc de prose sur bloc de prose
que l’on trouvait dans les deux livres précédents, des poèmes/poèmes
quand ce n’est pas à l’intérieur d’un même texte que jouent ces
écritures. Importe le lien rythmique qui fait tenir en un ensemble
ouvert et mobile les pièces ici rassemblées.
On a risqué le mot « ramas » pour aller contre le sens péjoratif qui
s’attache aujourd’hui à l’idée de « ramassis », amas informe, tas et
pour valoriser au contraire l’idée d’ajustement qui préside à cet art
de confectionner ces fagots de bois tombé à partir des brisées
abandonnées au sol par les bêtes de la nuit en leurs passées et qu’on
laisse en forêt au pied de quelques arbres. Ce sont ces ramas qui
permettent de démarrer tous les feux. Ceux tournant des livres aussi.
On a risqué le mot « ramas » pour faire signe vers ce bois partageable
qui attend en nos forêts et sur lequel aucun pouvoir n’a de prise.
Ici donc cinq ramas, passeurs de feu, de silence, de sens. Qu’un vent tisonnier avive.
Extrait
Vol de temps
1
Déchirés entre vent et pluie, les nuages éblouis bâchaient tant bien que mal de rouge l’horizon.
La forêt ne manquait pas de clairières.
Ses arbres attendaient. Branches éteintes. Feuilles retournées sur leur
vernis, on ne sait quels souffles. Quelles respirations d’enfants
transfuges.
Il y a toujours un moment où l’on finit par entrer. Avec au fond des
yeux ce gris d’argile des mots anciens et ces mains de derrière la
nuit, jamais nous n’aurions pensé adoucir les pierres et polir les
miroirs anguleux.
Le silence baissa la garde.
Les dents mordirent un morceau de ciel. On laissa la nuit griffer dans
leur sommeil les oiseaux. Sous les plumes, personne ne vit le jeune
sang.
2
Et tout cela dans un silence accordé au retour de cette odeur de
sous-bois où quelques sombres violettes broient leurs couleurs. Où le
regard toujours se perd. Où plutôt file dans le mouvement de l’ombre
qui tient le vert humide. Les oiseaux vont y mourir dans un grand
écroulement d’ailes.
Ce serait là que se romprait
le jour. Et dans le froissement de ses couleurs où la nuit minérale est
au secret, ce serait comme voyager. Sans souci d’arriver.
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Illustrations
En frontispice, reproduction d’une œuvre d’Anne Slacik