Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Comme des pas qui s’éloignent n’est pas une relation de promenade.
Ni au dehors même si le monde extérieur y est fortement dessiné depuis
ses brumes, ses ciels nocturnes, ses pierriers, ses arbres, ses étangs,
ses feux éteints, dressé jusque dans la finitude de ses noms ; ni au
dedans même si quelque chose remonte du fond des jours, pans obscurs,
taches mortes ou paquets de froid, soudain.
Ou alors ce serait dans leur entre-deux. Voilà, des pas de langue. À
pas de loup dans la langue. Comme quand les loups grattent le sol, le
déchaussent jusqu’à pouvoir y gîter. Un temps, du moins. Et que leurs
pas sont, terre et herbes mêlées, cette croûte qu’ils rejettent. C’est
peut-être de là que vient ce sentiment d’être moins face à des
souvenirs qu’à quelque chose qui se construirait ; quelque chose qui
serait de l’ordre d’un récit au ralenti, aux références narratives
englouties ; quelque chose comme une impossible histoire.
Et ce sont bien des pas qui s’éloignent dans ces textes, laissant
derrière eux le poids des scories qui empêchaient de gagner en
légèreté.
Des pas comme une mue. Pour faire mus. Et rester le museau en l’air. Dans les tourments d’un ciel véhément.
Cela s’appelle muser.
Extrait
I
Dans un ciel d’encre froide, quelques oiseaux tournent.
Ralentis. Alourdis de tout ce qui dans les cendres se souvient encore du feu.
Et dure.
II
Rien ne les menace.
Que ce restant de nuit qui traîne dans l’entrebâillement du ciel.
Que ces pans de silence qui déchirent les rideaux blancs de nos fenêtres
Passé les grands arbres, rien ne les menace.
Que ce froid où se prennent les yeux.
III
C’est entendu. Nos regards ne voient que d’éloigner. Ils veillent. Et
c’est entre vent et nuages, le bleu qui nous les rend inquiets. Et
parfois si secs qu’on roule en leurs ravins des paroles aussi rauques
que les pierres.
C’est entendu. Mais on aimerait certains soirs, quand un peu de lumière
encore s’attarde qu’elle se prenne aux quatre coins des vitres et qu’à
partir de ces points de traction leur surface soudain se distende. On
aimerait que vibrer ce soit s’ouvrir. Et s’envoler.
Ce serait comme au terme d’un grand vol d’air et de feuilles. L’arbre et le ciel s’ouvriraient à leurs oiseaux.
Ce serait juste avant la nuit, le silence et le froid.
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Illustrations
Frontispice de Leonardo Rosa.