Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
RICERCAR – pièce instrumentale à plusieurs voix composée en imitation –
est, initialement, un carnet dans lequel se mêlent, au jour le jour et
au gré des hasards, poèmes et notes diverses : ce que la poésie élabore
et les matériaux qu’elle glane en vue de futures écritures.
Petit à petit ces divers textes se sont éprouvés les uns et les autres
et, “ en un certain ordre, assemblés ” jusqu’à constituer des
mouvements foisonnants et autonomes, complémentaires et reliés.
“ RICERCAR… écrire en italique, prononcer à l’italienne, avec des
cheux, des chers, des charabias d’ailes et de plumes, des chuintements
: penser musique, œuvre complexe où des chants multiples résonnent et
s’envolent, où les tourterelles des bords de Maine et Loire se
conjuguent aux mouettes de Brétignolles sur Océan, conversent avec
leurs colombes cousines de Marina di Carrara, se jumellent avec les
hirondelles de Tipaza la Bleue ! Enchevêtrement des phrases et vers
tressés, chœur des citations polyphoniques, imitations avisées des
dédicataires, tissu musical tissé des voix d’anges et autres rapaces,
des colibris comme des moineaux gris de l’apocalypse quotidienne :
apprécier le patchwork des proses et poèmes, des tons, des styles, des
registres, la fluctuation son et sens, l’équilibre fugace des vents,
des cordes, des cuivres, des bois, des percussions, ex cætera, dériver
au bouillonnement généreux du concerto barocco sans oublier la
répétition – subtilement calculée elle en devient naturelle – du motif
qui sous-tend le livre : “ comment on passe de la vie à la poésie – et
vice-versa – ?... ” Chi lo sa– ?
Ricercare… Daniel Biga
Extrait
L’ENFANT FUGACE
(fragment 27)
J’ai toujours vu tremper des timbres, à la maison.
Dès qu’une lettre arrivait, nous découpions soigneusement l’espace du
timbre sur l’enveloppe pour le placer dans une coupelle pleine d’eau.
Puis le timbre, décollé, était disposé sur une surface plane, à
l’envers, le temps du séchage – toute la colle n’étant pas
nécessairement dissoute. Une fois sec, il trouvait sa place dans
l’album sous la languette de papier cellophane, classé par continents,
par pays et par thèmes. Le léger trésor s’amoncelant d’année en année,
de génération en génération, réservoir de rêves et de souvenirs
jalonnant l’écoulement du temps familial.
En fait, je ne suis pas un collectionneur de timbres, ni un
collectionneur de rien du tout d’ailleurs. La collection fige les
objets auxquels elle est sensée prêter une seconde vie, elle déplace le
centre d’intérêt premier – l’espace et le temps réels que le timbre
apporte à la maison sur sa fine pellicule de mystère, par exemple –
vers un intérêt secondaire plus ou moins lié à l’exploit personnel et à
la valeur marchande.
Du reste, je n’ai jamais aimé acheter – ou me faire offrir – ces
pochettes où des quantités désordonnées de timbres s’entassent en vrac,
thématiquement ou non. Elles m’ont toujours laissé un goût bizarre
d’écœurement. Leur grand nombre n’attire pas, il donne la nausée. Ainsi
stockés, sans effort, sans durée, ces timbres sont dévitalisés, privés
de hasard, d’enracinement, d’aventure individuelle. Ils n’ont pas
cheminé personnellement jusqu’à ma boîte aux lettres, accompagnant des
pensées, des peines ou des joies.
En fait, je suis un épargnant de timbres. Chaque précieuse vignette, la
plus prestigieuse comme la plus banale, porte en elle un message, un
secret, un appel vers l’inconnu, elle est une des myriades de facettes
du kaléidoscope du monde. Chaque lettre – timbrée – reçue est un cadeau
de la vie, un clin d’œil, sombre ou clair.
Voilà pourquoi je n’ai cessé de recueillir les timbres qui franchissent
mon seuil, comme pour respecter, à travers eux, le frémissement du
monde.
Il y a deux boutiques de dégriffés rue du Cherche-Midi. Normal, c’est
une rue de poètes. Il y a aussi la rue Saint-Placide, la rue
Saint-Dominique (pour les chapeaux) et la rue de Rennes (les deux
trottoirs).
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Illustrations
Dessin de couverture de Daniel Biga