Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Dans ce Carnet des poussières, qui exista d’abord sous la forme d’un vieux carnet jauni à anneaux, René Pons laisse courir sa pensée : réflexions, poèmes, proses poétiques… et nous entraîne sur ses chemins d’écriture. En effet, s’il parle du vieillissement et des douleurs physiques qui l’accompagnent, ou de la solitude – recherchée –, de la perte des illusions, du silence aussi bien que de photographies, de gravures et, bien sûr de littérature, c’est avant tout un jugement sur l’écriture qu’il construit.
Paradoxalement, plaisir de l’écriture et déréliction peuvent aller de pair. L’illumination verbale existe au milieu des décombres, et seul le fragment semble capable d’exprimer cette apparente contradiction, laissant au lecteur la liberté d’ouvrir le livre où il veut et de méditer dans les blancs sur ces signaux aperçus à travers la nuit. C’est une éthique que se propose René Pons. Ne donner à lire que ce qui peut réveiller les hommes, cette humanité en marche vers le pire, les aider à se défaire de l’emprise sociale, s’extraire de ce jeu de dupes où le paraître l’emporte sur l’être, renoncer à tout instinct grégaire et paresseux. René Pons, écrivain désenchanté, irrespectueux, mordant, montre la direction: le seul voyage à entreprendre est celui que l’on fait en soi-même, dans ce territoire pour lequel aucun guide n’est écrit, où tout change sans cesse, et dont nous ne parvenons à explorer, si grands soient nos efforts, qu’une infime partie.
Extrait
Comment se fait-il que la mélodie la plus kitsch, le film le plus sirupeux possible, me fasse soudain monter les larmes aux yeux à l’instar d’un chef-d’œuvre ?
Est-ce sénilité de ma part – ce phénomène il est vrai s’accentue avec l’âge –, ou bien la marque indélébile, hélas, de réflexes sentimentaux, effet de l’érosion quotidienne omniprésente de l’intelligence – épuisée d’une résistance qui se voudrait de tous les instants – par le dieu stéréotype, serviteur de tous les pouvoirs, dont on nous a si bien inculqué le culte ?
Soudain, lorsque cela m’arrive, je me sens baigné d’imbécillité, aux portes d’un paradis saint sulpicien où des bunnys, condamnées au sourire, me versent un cocktail, mélange d’aphrodisiaques et de tranquillisants.
Puis il y a le matin, l’herbe mouillée et son odeur, les fruits sauvages que bien peu ramassent aujourd’hui, le suspens du vent, les nuages immobiles dans le ciel, ce banal merveilleux, et un moment, si éphémère, d’accord avec le monde.
Je tisse ma survie avec des mots. Orpaillage d’une rivière qui se perd dans les sables.
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Illustrations
Peinture de couverture : Marcel Robelin