Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Un père va mourir. Un père n’a pas parlé. Une enfant
a recueilli la parole non-dite du père et tente, comme voix, de la
restituer.
Elle dispose pour cela d’un jeu de photographies et de quelques
souvenirs d’enfance. Mais aussi des ressources passionnément convoquées
du rêve, de l’art, de l’Histoire (guerre de 1914-1918), par quoi une
mémoire dépasse ses limites individuelles.
L’idée
de la mort du père, la guerre, les liens de transmission – ascendants
et descendants – et le propre vieillissement de l’enfant constituent le
matériau de voix multiples librement entrelacées. Car l’écriture ici se
joue de la chronologie et l’ultime tentative sera de suspendre, le
temps d’un livre, l’instant fragile qui nous sépare, père ou enfant, de
notre propre mort.
Extrait
1925
Tu es l’absent de la photographie
Qu’ils t’aient ou non emmené avec eux chez le photographe
en chaque enfant absent qui au futur les regarde c’est toi que leurs regards fixent
Présents posthumes
Absents définitifs
Le sachant
Tu vas mourir
Nous n’aurons pas parlé
2002
L’enfant parlerait avec son père. Le père serait suffisamment vieux
pour qu’entre l’enfant et lui la différence d’âge en soit arrivée à
n’être qu’une question de degré dans la vieillesse. L’enfant n’en étant
pas moins toujours l’enfant. Enfant, et vieillarde. Il n’y a entre
elles aucune différence. Enfant et vieillarde coexistent l’une dans
l’autre. Une coexistence qui est aussi une absolue coïncidence. De même
peut-on dire que la vieillesse dans l’enfant coïncide avec la
vieillesse dans le père. Et que l’enfant dans l’une et l’autre coïncide
pareillement.
Le sujet de la conversation ne serait ni l’enfant ni le père. Ne
sauraient se parler d’eux. Ne l’auraient jamais su. Ne se seraient
jamais parlés.
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Illustrations
En couverture, une intervention de Martin Miguel.