Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Entre concentration et dilatation s’effectuent les Périples de C.J. Sandher.
Dix-huit lignes, toujours. Isolées par un cadre, comme soustraites à
l’abîme blanc de la page qui serait errance, perte et divagation
gratuite. L’univers doit être capté. Ce n’est que pris dans le filet
serré des mots qu’il peut naître, accéder à la vie par la force d’une
langue exigeante et contractée.
Ainsi s’égrènent cent soixante villes et pays. Une fois saisis, ils
s’offrent comme entrées, dans le temps et l’espace. On avance ici dans
le tumulte des conquêtes, dans la fêlure des êtres et la fracture des
éléments. Prennent forme en surface mythes et légendes, comme mode de
survie.
Dans le chaos cultivé par les hommes, le lecteur se fraie des chemins
de passage, avançant ainsi dans l’élaboration d’un monde en
recomposition.
Suite de 160 textes de 18 lignes portant comme titre le nom du lieu
auquel le texte se rapporte et en sous-titre le pays auquel ce lieu
appartient. Les noms des pays sont classés par ordre alphabétique.
Extrait
Begram
Je m’arrêtai à Begram, surpris par la tiédeur de l’air,
enveloppé d’un voile d’air frais qui descendait des neiges du Kush.
J’avais quitté la caravane à l’entrée de la ville, pris ma part d’or,
d’ivoire et d’épices, et laissé les chameaux marcher vers Peshawar.
Des nouvelles du palais agitaient la foule : l’empire se délitait sous
les assauts de nomades du Nord. Des hommes s’étaient battus sur les
marches des temples. La route de Pamir n’avait jamais été si
hasardeuse, ni la ville si folle : je passai dans des rues où gisaient
des statues de dieux et d’éphèbes, où battaient au vent des soieries
déchirées et bruyantes.
On disait que les Barbares adoraient un prince à qui la vérité
apparaissait en rêve et pour qui le bonheur était dans la mort.
Vite je comptai mon or et le mis en lieu sûr.
Uélé
C’est ce que tu te demandais. Elle s’était enfuie sans explication, par
une nuit dont la douceur n’avait jamais autant menti. Désemparant
départ ! Mais pour où partir, avais-tu songé, sur ce sol sans limites ?
Et où donc aller qui ne fût déjà le lieu d’un récit écrit avant soi ?
Tu ne la savais pas si désespérée qu’elle pût croire encore qu’il y eût
un ailleurs, un monde où tout s’effacerait puis se récrirait sur une
page blanche. Tu te souvenais avec bonheur de ce filet d’eau fraîche
qui vous avait unis, jailli spontanément des hauts plateaux de l’Est.
Puis il avait grossi pour former une rivière qui descendait les pentes
en se jouant des chutes et se jetait avec fracas dans l’Oubangui. Puis
celui-ci s’était fondu dans le puissant Zaïre, avant de se noyer
entièrement dans la mer des Atlantes, et sur la terre sèche tu t’étais
trouvé seul.
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