Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
De quoi sommes-nous faits ? De l’étoffe du monde. Et qu’est-ce que le monde ? Un vaste archipel.
Regardez en vous-même et autour de vous : partout, sous des formes
multiples, un même être se déploie dans l’étendue. Chaque atome de sa
chair “ est la chance d’un fruit mûr ” (Paul Valéry), chaque île qu’il
dessine à la surface de la mer est la matière du mouvement qui nous
exhale.
Une rose, un galet, la lune ; Éros, Narcisse, Gabriel ; Fragonard, Van
Gogh, Rubens ; un fleuve, un désert, une vigne ; les saisons, les
passions, la lumière ; l’Éden, l’Orient, Venise : autant d’événements
qui ne cessent de poindre sur cet horizon jamais clos.
Il fallait, pour surprendre l’éclosion de ces Archipels, se placer au
croisement du langage et du monde, dans cet espace où le regard devient
“ de-telle-sorte-qu’on-le-parle ” (Francis Ponge), dans ce moment où la
pensée fait corps, où le corps fait image, où l’image fait langue, où
la langue elle-même s’aventure hors de soi pour se faire substance.
Cet espace et ce moment sont ceux de la seule vie possible, nôtres à
jamais quelque nom qu’on leur donne : fictions, drames ou poèmes.
C. J. Sandher
Extrait
Babel
Dans Babel édifiée par une troupe aux yeux d’or,
les vieilles tombes se vident, les idoles tombent. La ville entière en
foule les débris remuants. Un cri de joie s’élève au loin, que tous
entendent. De frêles oiseaux d’argile, hâtivement façonnés, tentent
leur premier vol dans l’adorable lumière. Enfants et femmes se
réjouissent au son des fifres et des trompettes. Les ombres se retirent
des cœurs sans cesse émus. Le sol tapissé de palmes reçoit la grande
main céleste.
Frago
Jadis, près des bassins et des fontaines, au pied des grands escaliers
de marbre, derrière les bosquets taillés en cœur, en pique, en sphère,
sous les guirlandes, les girandoles et les charmilles, dans les salles
ornées de rubans, de glaces, de feuilles d’or, parmi les masques et les
soieries, les robes et les perruques, les rideaux et les lampes, sous
les caissons dorés et peuplés de centaures, de faunes et de bacchantes,
pour la gloire et le seul plaisir de jouir, d’être vu, de paraître.
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