Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
C’est le poème d’un marcheur étonné d’errer sur d’anciens fonds marins
entre 2000 et 3000 mètres. Granits, dalles polies, crêtes frontalières.
Étonné d’être ainsi ramené à soi, à ces souvenirs qui n’attendent que
le mot juste pour être comme tirés de leur gangue charnelle.Le poème,
ici en prise avec l’espace et le temps traversant le langage, est comme
le moulage en creux du mystère, dit Patrick Joquel. Le poème ne dit pas
la vérité, tout au plus s’efforce-t-il à ne pas trahir son empreinte
imparfaite, lacunaire… Ces traces sur les pierres… Car seules les
traces font rêver nous disait René Char.
Extrait
L’ubac s’est ouvert
Un chevreuil glisse en silence
Joie des jours secrets
Les villages de ce pays naissent des brouillards de décembre. Ils
flottent parmi les brumes oubliées des siècles passés, puis s’enrochent
sur les rivages d’un plateau argileux ou bien se resserrent contre la
chaleur calcaire d’une falaise. Ils suspendent alors à leurs portes des
lanternes de fer forgé, donnent au jour l’épaisseur d’un clocher.
Quand, au crépuscule, un troupeau de moutons les traverse avec son
bouquet de chèvres, sa poignée de chiens et son poids de bergers, ils
le couvent de leurs fenêtres.
Les carreaux se diluent dans le désir de partir. L’ailleurs semble à
portée de paupières. Ces nuits-là, les volets restent longtemps
ouverts. Malgré le froid. À guetter la flamme d’un improbable bivouac.
Ils rêvent. Blottis autour de leurs feux…
Parfois un vieillard gémit dans son sommeil. Un peuple de fantômes
heureux vient battre à son oreille. Il reste un instant suspendu au
souvenir des ruelles gorgées d’enfants, puis se retourne, et, comme on
chasse de la main une mouche importune, efface une fois de plus le
songe.
Les jours sont courts. Un soleil navré enflamme le givre des plateaux.
Le silence écoute. Il entend le feu calfeutrer près de ses foyers les
mots.
Entre Noël et jour de l’An les cheminées brûlent les souvenirs des étés
passés. Leurs rires. Leurs caresses. Leurs orages. Elles brûlent tout
cela et bien plus encore. Les phrases s’embrasent. leurs mots se
consument. La langue retourne au sauvage de ces nuits où couchés à même
le ciel se pelotonnaient les premiers contes.
La neige s’est accrochée aux branches des pins. Toute la forêt
s’égoutte. Percussions lentes. Pour sa propre joie l’hiver écrit ses
éphémères partitions. Traces de lièvres. De renards. De sabots. Tandis
que le vent d’ouest houle les cimes chacune suit sa mélodie.
Indifférente au promeneur qui renouvelle ainsi son bonheur d’exister.
Ici en hiver
Le pays s’offre au silence
Pudeur des brouillards
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