Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
À tous ceux qui voudraient entrer dans cette Architecture des geôles et
en ressortir indemnes s’applique la célèbre mise en garde d’un
Florentin aux visiteurs des Enfers : “ vous qui entrez ici, abandonnez
toute espérance ”. Aux autres, il faudra rappeler le constat d’un
Athénien concernant l’identité de toute chose, seulement perceptible à
la “ première limite immobile ”.
Précis d’architecture poétique, lieu d’imbrication et d’emboîtement,
cet ouvrage, outil d’édification du principe d’incarcération, invite à
creuser, partant du centre ou de la périphérie, un monde qui tournoie
de contraintes et de privations. Toutes ont un sens donné par
l’intention.
Soumets à l’observation les signes que le destin, te précédant, laisse
derrière lui et devant toi. Tous ont certainement de l’importance,
sinon une raison d’être lisibles. En chacun s’agite la nécessité
particulière mais également l’autre, relative. En chacun, l’équation
frétille pour qui veut la résoudre.
L’auteur accompagne son texte de ses propres dessins et de fragments de textes écrits par Daniel De Bruycker.
Extrait
À un architecte qui s’était présenté devant moi, j’ai demandé : “ Qu’as-tu à m’apprendre ? ”
Il me remit une lettre et une bourse en cuir dans laquelle j’ai senti
un objet rond et dense tenant dans le creux de la main.
“ Demande-moi plutôt ce que l’architecte a appris du poète. Mais avant
de répondre, observe le lieu où repose le destin. Les mains des hommes
l’y ont jeté. À cet endroit précis commence la construction des
prisons… pas ailleurs. Là est le lieu des fondations. L’architecte des
geôles n’est pas itinérant. ”
(...)
Conçois ton plan comme une enceinte où le silence n’aura jamais cours
bien que la parole y soit proscrite, était-il écrit. Sache que si tu
décides de te consacrer à cette architecture particulière, tu ne
bâtiras, au cours de ton existence, qu’un et un seul lieu.
Ce n’est ni bien, ni mauvais, les autres architectures se rendent là où
appellent les commandes. À toi de comprendre que derrière l’absence
d’appel se dresse le projet de ta pensée et le mutisme qui concourt à
la faire naître.
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Illustrations
Encres d'Otto Ganz