Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
Quatrième volume de Dans la suite des jours. Reprendre ici l’histoire du sacrifice, l’histoire d’Isaac, bien sûr,
mais évoquer aussi les figures d’Iphigénie, d’Ismaël. Tenter de lire
ici non une mise à l’épreuve dans l’obéissance, mais bien au contraire
une invitation à la désobéissance. Entendre en marge du Livre l’appel à
l’insoumission.
Extrait
IPHIGÉNIE 6
Eût-il fallu tailler dans la chair de la mère,
trancher dans le derme et porter sur l’autel
l’enfant sans nom encore, ils l’eussent fait sans joie,
sans tristesse non plus, se soumettant sans âme
au pur impératif dont ils masquent leurs actes.
On ne demande pas aux tueurs de penser
pourquoi le couteau tient si bien dans une main.
Il suffit d’enfoncer la lame dans le cou.
Eût-il même fallu fouiller dans l’utérus
pour crocheter l’offrande au fond de son sillon,
ils eussent obéi comme certains paraphent
une liste de noms au bas d’un inventaire.
Ils ne demandent pas s’il s’agit de bétail,
ne veulent rien savoir. Il faut nourrir les dieux.
Ils sont payés pour ça, maîtrisent la technique.
À l’école du meurtre on n’apprend que des gestes.
Ils auraient pu semer le blé après la pluie
ou creuser dans le bois la coque d’un navire
ou sortir de la pierre une idole cruelle.
Ils auraient pu danser au milieu de la braise.
Ainsi fait-on l’été quand bascule le ciel
quand s’allonge la nuit où brûlent les étoiles.
Ils auraient pu broder sous la herse des cils
la paupière et le rêve ; ainsi font les vivants.
Ils n’ont rien fait, jamais, car peut-on nommer faire
ce qu’accomplit la main séparée de la bouche,
diront-ils. Ou ne diront rien, n’ont pas lu les mots,
sont parlés, sont agis, calmement exécutent.
ISMAËL 5
Agar s’est enfuie
Agar est revenue
du désert est revenue
avec le nom de l’enfant dans son ventre
est revenue
elle s’est inclinée
sous la violence de Sara
elle a enfanté
la semence portée
l’a enfantée
elle a ressenti
le désert dans son ventre
a porté le cri de l’enfant
vers son sein
elle a murmuré
Ismaël
Ismaël
l’homme a vu
a entendu
Ismaël
Ismaël
il a souri
l’homme a vu l’enfant
au sein de sa mère
l’homme a vu
a entendu
il a répété
Ismaël
ISAAC
1
ton couteau
tu l’aiguises
sur la pierre de Caïn
tu n’entends pas
ce qui est dit
tu ne l’entends pas
tu entends
ce que tu connais
l’oreille itère l’écho
des vieilles meules
tu aiguises ce qui le fut
tu entends ce que tu as vu
corps ligotés gorges tranchées
2
tu es prêt à refaire
ce que tu as vu faire
ta main a des gestes d’ombre
lignes de vies interrompues
tu entends le vieil impératif
tue
et qui a vu tuer
saura toujours tuer
tu as dans l’oreille
le bruit du couteau
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Illustrations
Ce texte est accompagné de dessins de Derez A Derez