Biographie et bibliographie de l'auteur
Propos du livre
De septembre 1998 à avril 1999, un écrivain, François Bon, et un
photographe, Jérôme Schlomoff, font ensemble en train, chaque jeudi,
les trois cent cinquante-deux kilomètres du voyage Paris-Nancy.
Canaux, fleuves, villes, usines : une profusion de signes, témoignant de mutations essentielles du monde.
C'est d'abord un jeu : l'écrivain note, le photographe photographie.
Puis une véritable recherche commune de ce que le visible ne montre pas
de lui-même, et que la répétition permet lentement de saisir.
Naît de l'expérience un récit, Paysage fer
éditions Verdier, une autre collaboration : l'écrivain lit à haute
voix, le photographe projette des diapositives, et maintenant ce livre,
15021, qui présente trente-deux des photographies prises du
train par Jérôme Schlomoff. Cette fois, ce n'est plus le réel que le
texte en vis-à-vis interroge, mais les photographies elles-mêmes, ce
qu'elles induisent d'un décalage de ce réel, et le geste même du
photographe.
L'expérience la plus commune de voir, et l'expérience la plus singulière : la vision reconstruite.
Extrait
Non pas fiction
On
avait joué cette fois-là, avant que le train passe, à ajouter en bord
de voie, devant tous paysages, le même château d'eau sur structure de
fer à rambarde, et échelle de visite.
On s'en était procuré
quelques-uns, on les avait disposés ici et là : on s'imaginait qu'ils
réagiraient, ceux qui étaient avec nous dans le train.
Mais nous étions seuls ce jour-là dans le train. Un contrôleur était
passé, qui, lui, n'avait rien remarqué. Il inspectait les sièges et
banquettes, et prétendait qu'entre les gares, où il descendait une
minute sur le quai (serrant la main de qui, en casquette, drapeau à la
main, commandait à l'arrêt), n'était nulle réalité, pas plus qu'en mer
ou désert.
Nous lui tendions les photographies déjà accumulées : il prétendait que
non. Ces châteaux d'eau, si effectivement ils correspondaient à des
objets réels, avaient dû, dans l'enfance de ces villes et ces gares,
être fabriqués à l'identique, sur plans, et que par économie on les
avait dressés à intervalles réguliers.
Nous lui manifestions notre doute : comment pareil objet, si complexe,
aurait pu ainsi être disposé partout sur la surface du monde ? À moins,
dans le passé, quelque succession, comme on faisait pour le télégraphe,
d'engins d'investigation astronomique, télescopes dissimulés pour ne
pas effrayer.
Nous montrons au contrôleur, et insistons pour qu'il les garde,
plusieurs photos différentes de ce même château d'eau déplacé en lieux
bien distincts et vérifiables du pays que le train parcourt.
Il s'agit purement d'étudier le beau, proclamions-nous. De dire : ceci
est beau. Et c'est bien parce que cet objet est si beau, tôles soudées,
cornières rivetées, ainsi dressé, rambardes et échelles, sur la terre
qu'il hérisse, que de semaine en semaine le photographe et moi-même
déplaçons notre exemplaire unique à différents endroits du parcours, et
l'y photographions, disons-nous au contrôleur.
Le contrôleur secoue la tête. Comme le train est entièrement vide, il n'ose pas nous désavouer plus franchement.
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Illustrations
Photographies de Jérôme Schlomoff
Né à Vincennes le 3 septembre 1961, vit et travaille à Paris.
Dernières expositions/réalisations :
FNAC Ile-de-France, (janvier 1999). Acquisition, sténopé d'architecture
de la Galerie Nationale du Jeu de Paume. (1 tirage 120 x 170).
KunstHaus Wien, (février/mai 1999). Exposition Jean-Michel Basquiat The
Mugrabi collection. Trois portraits de Jean-Michel Basquiat.
Le Grand Tsam. Oulan-Bator Mongolie, (mars 1999). Reportage lors du
voyage, pour le CDN de Nancy, Théâtre de la Manufacture, sur la
cérémonie du Grand Tsam, par les moines du monastère d'Oulan-Bator,
dans le cadre du festival " Passage ", CDN Nancy. Exposition de ce
reportage à l'Abbaye des Prémontrés Pont-à- Mousson (avril/mai 1999).
Centre d'Art Contemporain de Vassivière et C.A.U.E. de Limoges,
(avril/juin 1999). Exposition personnelle. " Sténopé d'architecture "
Le cabanon de Le Corbusier à Roquebrune Cap-Martin, le bâtiment du
Centre d'Art de Vassivière d'Aldo Rossi et le Pavillon de Mies van der
Rohe à Barcelone.
Théâtre de la Manufacture, CDN de Nancy, (mai 1999). Exposition
installation, " La douceur dans l'abîme ", scénographie réunissant les
textes, collectés par François Bon, et les portraits réalisés dans le
cadre de l'atelier d'écriture, " La voix du peuple ", auprès des
personnes en situation d'exclusion à Nancy.
Théâtre de la Manufacture, CDN de Nancy, (septembre 1999). Édition " La
douceur dans l'abîme ", livre résultant de l'atelier d'écriture avec
François Bon : 50 portraits, textes établis par les participants à
l'atelier d'écriture. Éditeur La Nuée Bleue, Strasbourg.
C'est à propos des 32 photographies de Jérôme Schlomoff qui sont à l'origine de ce livre que François Bon à écrit.