Un monde plus grand
Cette fois ce sont les dernières séances. J'ai tiré tous les textes qu'ils ont écrits et invite chacun à relire, corriger, modifier, ajouter, reprendre tel aspect, telle phrase laissés en plan. Travail d'écriture, ça aussi, que d'agencer. L'occasion pour moi de faire le point. Folie! Ils sont près de cent à avoir écrit! J'en vois bien les limites. La difficulté de suivre chacun d'assez prêt pour l'aider à avancer au mieux de lui même. Pourtant, si l'objectif était que chacun puisse écrire ce que personne d'autre au monde ne pourrait écrire, nous y sommes. Même pour ceux qui au fil des semaines n'ont écrit que quelques lignes. Ou bien écrit plus long mais ont tout fait disparaître. Quant au "thème" que l'on s'était donné, là encore: d'autres chemins se sont ouverts. Je pensais qu'à essayer de retrouver quelques fils de leur histoire, nous croiserions inévitablement l'histoire commune, ou bien même l'Histoire. Il n'en a rien été. C'était déjà bien assez envahissant de s'aventurer aux abords immédiats de leurs jeunes années. Et plus que l'histoire, c'est souvent vers l'intime qu'ils sont allés. Vers les tout proches. Combien de textes qui sont devenus des déclarations d'amour à une mère, une grand-mère, un oncle, une tante, une cousine, ou bien un ami, une amie de toujours, ceux que l'on dit "amis de cœur" pour justement les différencier de ceux et celles qui causent joies et peines de cœur. Il fait froid dans le monde. Et à cet âge ardu où justement ils se risquent à sortir, à affronter les routes, à cet âge où les puissances de l'amour font peur autant qu'elles attirent, heureux sont ceux qui peuvent se "régénérer", comme dit l'un, dans cette force de tendresse que, même sporadiquement, ils savent pouvoir partager. Vision minimaliste du monde, on dira. Peut-être. Mais justement: ils ont besoin de bras pour le leur ouvrir plus grand. Si les mots écrits pouvaient les y aider, nous n'aurions pas perdu notre temps.
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