La nuit est sur les noms. C’est le silence d’un trou autour duquel
rôdent les noms du jour. Patricia Castex Menier la nommera tour à
tour : « l’intime (…) la compacte (…) la perspicace (…) la visiteuse
(…) la fraternelle (…) la / bienveillante / la bannie (…) la reculée /
la séculaire (…) » X fois, comme en son titre, elle est celle
qui échappe à la nomination. Et telle est sa nature rêvée : « on / dit
qu’elle date / d’avant le monde / précéderait les dieux ». Hors temps,
hors pouvoir, elle est l’avant de toutes choses, le chaos. Même Zeus la
craignait !
Et nous, les diurnes, nous n’aurions point peur de « la
visiteuse », « avec ses airs / de grande voilée / ou / les traits
familiers / d’un visage, / rongé / depuis si longtemps ». Certes, mais
c’est lorsqu’elle se ferme. Bouche scellée. Mur noir. Barrage muet.
« Et l’avenir indéchiffrable », écrit Patricia Castex Menier. Alors
oui, nous pouvons avoir peur.
Mais c’est mal la connaître. C’est se
tromper sur sa véritable nature. Car elle est « la fraternelle » et
« l’aurore / est son péché d’orgueil ». Elle sait s’ouvrir au rêve. Et
préparer le jour.
Patricia Castex Menier a écrit ce texte comme la
nuit tombe. Insensiblement. De coupure en coupure. Ici, matérialisées
au blanc. Invisibles, dans le monde. Comme la nuit, l’écriture de
Patricia Castex Menier stolonne. S’attarde. Se prolonge. S’enrichit.
Vit, lançant ses nouvelles nappes d’ombres. X fois la nuit,
oui, car la nuit ne connaît pas de point final. Et si le jour l’élague,
la relègue. Elle rôde encore en tombées, effarouchées, dans le corps de
la lumière.
Si la nuit est la toujours en allet, la première et la
dernière ; si elle est celle qui se retire et nous laisse signer nos
drames, elle est aussi celle qui revient, « gardienne / des ruines,
sentinelle du présent », celle qui « entretient le feu ».
Le livre
est son semblable, écrit avec justesse Patricia Castex Menier. En
effet, les livres de poésie font brèche et meurtrières. Ils éboulent
les murs pour en affronter de nouveaux. Oui, c’est de mur en mur, de
mur sapé en mur éboulé, que nous allons comme de passage en passage.
Non pour traverser – ce serait trop dire ! – mais pour avancer dans un
monde rendu un temps plus habitable.