Nul besoin d’être spécialiste. À parler de poésie portugaise le nom de
Pessoa et des hétéronymes qui lui font cortège s’impose. C’est une
montagne avec plis et replis, sommets et fonds de vallée creusés par
les terreurs de l’identité et du manque d’être. C’est un paysage
d’ubac.
À l’adret, se tient la poésie d’Eugénio De Andrade. Poésie
du désir, du “ soleil de la peau ”. Poésie du corps réhabilité, libéré
de toute crainte aussi bien celle de “ l’insurrection de la chair ” que
celle de la mort qui “ n’a pas de prise sur le corps / quand on tient
le soleil endormi dans ses bras ”. Toujours une douce lumière éclaire
depuis un fonds réservé, retenu dans l’épaisseur du corps les mots, les
images de la poésie d’Eugénio De Andrade. C’est elle qui invite l’âme
à la fête des sens.
Faites la pause ! Septembre, on le sait, est le
mois des romans, disons du narratif. À suivre. Parfois avec quelques
lourdeurs.
Lisez Eugénio De Andrade . Lisez ces trois recueils
publiés entre 1980 et 1984. Ils sont la ligne de crête de sa production
poétique. L’homme qui était né en 1923 à Povoa de Atalaia, près de la
frontière espagnole s’est éteint à Porto en juin dernier.
Quitte
de tout, un soleil a replié ses rayons. Ainsi, même dans la mort, “ il
y a une rumeur qui ne dort pas / une manière pour la lumière de se
poser, la trace / d’une larme brûlante ”. C’est cette lumière rasante
que l’on entend dans la poésie d’Eugénio De Andrade. Si elle n’efface
pas le poids du monde, elle l’allège ; si elle ne dissout pas les
ombres, elle les tient à distance.