Dans la splendeur des cycles, malgré tout, contre
toute évidence, par la volonté de l’écriture, la volonté donnée à
l’écriture et maintenue par elle.
Car la vie est ici usure, tout ce qui vit fuit/par tous ses pores. On
le perçoit de page en page, il ne s’agit pas de concept abstrait mais
de puissances qui travaillent le corps ; notre vie passe par des
organes qui se défont et que la passion, paradoxalement, déchire Elle montre/dans le creux de la chair/repliée/la peau gourde et/ flasque/les nerfs les tendons/qui s’exhibent/toute honte bue.
Comme
faisant écho à la chair défaite s’installe la décrépitude du monde,
toujours réactivée. A la fatigue du corps qui se tend au dessus de
l’abîme répondent ces fusils brandis, comme de toute éternité, et pour
quelles causes ? Et cette danse avec la mort/ de la jeune fille tchétchène/sa ceinture d’explosifs/serrée contre sa peau.
Vivre dès lors, sur ce fil tendu entre l’usure de soi et la violence du monde. Vivre dès lors n’est-ce pas attendre les archets de la mort ? Et quoi d’autre ?
Demeure
pourtant la patience ardente du poète qui ne peut se résoudre à la
portée de ces déflagrations s’accomplissant désormais au ralenti, en
sous-titrage dans nos chairs à la fois douloureuses et molles.
Les
mots se fraient un passage d’exigence, et donnent ainsi quelques
chances à l’espérance, hâtant la venue de l’aube, traçant des voies
pour que Venant le jourpasse malgré tout la vie.
Comme ça/poème/tu te rétractes/devant l’ordure/ Jean-Marie
Barnaud ne peut accepter cette contraction, la poésie est le vecteur de
sa vie, pour lui le texte poétique est porteur de vie. Il s’agit d’un
combat qui nous concerne tous et qui parle de fraternité ; il peut en
ces termes se dire
Regarde bien
et vois frémir
là toujours
l’ardeur qui point
au droit du bleu.
(Note publiée dans le Patriote Côte d’Azur)