Un rituel d'engagement
Dans
ce monde désireux de tout expliquer scientifiquement, deux
interrogations demeurent dans le domaine des questions premières. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi ce quelque chose est-il organisé plutôt que voué au chaos ?
Contre ces blocs, l’esprit d’analyse se heurte au mystère
Et là où la pensée tâtonne, l’écriture toujours tente de dire, avec ses propres moyens.
Michaël
Glück sait interroger les textes bibliques, il sait en lier les
versets à ses propres vers, en un rituel qui l’engage dans le monde.
Aux
Edtions de l’Amourier cet auteur a entrepris la création de sept livres
qui s’ouvrent en œuvrant dans les marges de la Genèse. Textes aux titres incisifs, qui
projettent nos objets et lieux du quotidien dans un espace symbolique.
Ces reconstitutions s’agencent sur le fil du vide, entre le non-existant et ce qui se doit de naître.
Jour un renvoie ainsi à l’origine ; comment concevoir et dire le monde non encore donné ?
M.
Glück travaille sur l’espace de la page et ses mots deviennent signes
accomplis en apesanteur, scansions disant l’effort d’exister, scansions
aussi de ces marges parturientes qui se libèrent de leur fatigue.
Et les vers se laissent prendre par cette voix qui engendre la forme,
le désert qui remplit le désert
le chaos d’avant la danse
le vide ou le désordre
à peine
quelques réflexes de lombrics
ainsi gagnés, des gestes s’installent. Autour de la table s’organise la polyphonie du repas vacarme élan des voix et pause et silence. Dans Le Couteau Des
fragments de versets bibliques interviennent directement, renvoyant au
sacrifice demandé à Abraham ; mais l’objet trouve également un écho
dans le corps d’Iphigénie.
Ainsi réactivés ces gestes de
filiation et de mémoire nous placent en notre propre intensité, là où
vibre l’épanouissement violent de la vie.