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Les collections > Thoth

Une PatienceSerge Bonnery
Une Patience
Prix : 9,00 € 8,55
Quantité :
EAN : 9782911718939
Format 10 x 20 centimètres
72 pages.
Couverture quadrichromie
Reliure dos carré collé
Collection “ Thoth ”
ISSN 1625-9173
Dépôt légal 2° trimestre 2003
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

Une patience. Ce mot qui désigne une planchette de bois permettant aux soldats de nettoyer les boutons de leur vareuse nous ramène brutalement au quotidien des poilus de 14-18. Il nous renvoie aussi à ces jeux où l’on doit reconstituer un tout à partir de fragments.
Une patience met en œuvre une écriture de la mémoire qui, en rassemblant les vingt-trois pièces d’un puzzle, cherche à recomposer le paysage d’une âme. Celle d’un arrière-grand-père aimé et disparu.
Il s’agit, ici, d’interroger son absence.
Si, dans les plis de cette levée, une larme s’échappait de votre œil, dites que c’est le vent de Cers. On le sait haut, violent et doux à la fois, sur ces terres du Midi Noir.

le jeune soldat quitte son vignoble du Sud pour rejoindre Notre-Dame de Lorette où la bataille s’engage entre les lignes française et allemande. Il laisse derrière lui sa femme et une fillette en bas âge. 1971: dans le cortège funèbre qui conduit son arrière-grand-père au cimetière, l’enfant prend la mesure de la distance qui le sépare de lui maintenant. Un livret militaire, une croix de guerre, deux photographies et quelques cartes postales lui parlent encore de l’ancien “poilu”. Comme on reconstitue un puzzle à partir d’éléments épars et fragmentaires, “Une patience” fait récit de cette mémoire, dans le temps arrêté que rend illusoire une implacable chronologie.
Les objets qui lui ont appartenu sont les seules traces palpables qui nous restent du mort lorsqu’il a quitté la maison. Face à eux, les regardant, nous les sentons d’abord dotés d’une capacité phénoménale à ralentir, dans leur fixité, la course vertigineuse du temps. Mais en les détaillant de plus près, minutieusement, ils deviennent pour nous, vivants, la figuration d’une absence.
Est-il possible de sauver un tel héritage? Ce dont il s’agit, ici, est moins d’élever un culte au preux soldat de la Grande Guerre que de laisser s’opérer, librement, le lent travail de la mémoire. Et ainsi rendre compte de sa fragilité, sans rien opposer d’autre que l’écriture au risque de son effacement.

Extrait

Il y a aussi la litanie d’un homme traqué dont le moral décroît au rythme des coups de canons.
3 janvier 1917, carte postale adressée à sa fille de quatre ans, sa Petite Odou, encore une fois pour te faire voir que je pense a toi et que je t’aime, reçois mes meilleures amitiées, ton petit papa qui t’aime.
4 janvier 1917, à sa femme cette fois, Petite Paupau, toujours en parfaite santée et vous en désire de même à vous tous.
5 janvier 1917, à sa femme encore, Chère femme, toujours en parfaite santée et vous en désire de même, ton petit m… l’écriture se faisant illisible au moment de signer, le crayon lui échappant, tombant peut-être de ses doigts, frissonnant dans l’insupportable hiver du nord où il devait pleuvoir et pleuvoir, de l’eau et des bombes. Et lui, écrivant au milieu des blessés et des morts des cartes qui, aujourd’hui mises bout à bout puis retournées une à une comme on retourne des cartes à jouer dans une patience, dévoilent une vie de crayon à mine vouée à l’effacement. Une vie d’entre les lignes, dans le silence de la phrase interrompue.

*
Arpentant les lieux, retrouvant quelques bribes de souvenirs, je n’ai senti qu’une présence d’ombres autour de moi, des ombres qui naguère se sont tues, faisant licence de leurs gestes, leurs mains muettes, leurs longues mains dans l’air s’époumonant de ne rien dire.
La mort, ce sont des voix que l’on enterre. De leurs paroles en allées, demeure encore, imperceptible, une musique; invisibles, un arbre dans un jardin clos, un banc de pierre où, chaque soir, s’asseyaient leurs verbiages rocailleux, leurs exclamations ensoleillées quand, longtemps après, relisant sur leurs lèvres (elles couraient sur leurs visages), j’entendais leur silence. Et seul leur silence me répondait, qu’il conviendrait un jour, me disais-je, d’interroger.
Il arrive ainsi qu’une vie vous hante au point que perdurant, s’inscrivant dans vos gênes, elle devienne, sans même que vous en ayez véritablement conscience: un héritage. Comme il se doit, ce n’est écrit nulle part, dans aucun testament. Dans cette histoire, d’ailleurs, il n’y a jamais eu de testament ou alors quelques mots griffonnés dans la hâte du dernier souffle. Autant dire: rien. Et là, immobile, comme statufié, devant cette hoirie (des papiers chiffonnés, des cartes postales, des lettres écrites du front, plus ou moins bien écrites, d’une écriture penchée, avec un crayon à mine, d’une écriture fine et qui va s’effaçant, une photographie prise quelques jours – ou quelques heures seulement – avant le départ), vous sentez un jour (pourquoi un jour, précisément, et pas un autre?) qu’il n’y a plus moyen de fuir ou de faire semblant: il s’agit de dresser l’inventaire et peu à peu, comme une image lentement se dessine sous l’effet du révélateur, vous retrouvez les traces, les odeurs, les visages, sillons creusés à même la terre, et plus l’image apparaît, contrastée, plus elle vous attache aux objets, connus pour leur capacité phénoménale à faire contrepoids à l’expansion vertigineuse de l’univers vous absorbant jusque dans son néant.
Et c’est pourquoi, au fond, poussé irrésistiblement, presque malgré moi, je suis revenu. Pour arrêter le temps.


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Illustrations

En couverture, reproduction d’une œuvre de Martin Miguel

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