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Les collections > Fonds Proses

Et n'oublie pas la lumière avant de…Alain Guillard
Et n'oublie pas la lumière avant de…
Prix : 16,00 € 15,20
Quantité :
EAN : 9782364180574
Format 14,5 x 20 centimètres
180 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN : 2259-6976
Dépôt légal 1er trimestre 2020

Parution le 23 mars 2020
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

 

Propos du livre

D’une écriture tendue, Alain Guillard, à coups de phrases syncopées, nous livre le portrait d’un homme écorché que son extraordinaire présence au monde (lumières, sons, oiseaux, paysages urbains) finira sans doute par réconcilier.

Murs envahis de silence où le moindre craquement fait feu au cœur.
Deux pôles aimantent l’existence douloureuse de Pierre : d’une part l’alcool qui anesthésie, d’autre part, la rencontre amoureuse avec des fem­mes et des hommes, et jusqu’au travestissement, tant son indif­férenciation sexuelle le rend perméable à autrui. Écartelé, Pierre marche sa vie au gré des êtres et des lieux, entre vifs moments du jour et temps de l’enfance, entre drames et pauvres événements ; tout cela précis, sensible, consigné pas à pas en ses cahiers.

 

Extrait

Pierre se retournait, essayant de comprendre ce qui lui arrivait, ce sentiment nouveau qu’il ne pouvait nier. Il revenait à l’origine, au-delà même de lui, réfléchissant aussi ses parents. De l’enfance, il n’avait que peu de souvenirs ; ici ou là, une image de violence, un moment heureux. Leurs parents s’étaient séparés, à l’initiative de leur mère, alors que lui allait sur ses dix ans, son frère en ayant six. À mesure des années, une image s’était diluée, qui faisait écran, et d’autres scènes avaient surgi, comme la dernière : Leur père et mère se disputant, leur père menaçant leur mère, un homme surgissant – le locataire de leurs parents – s’en prenant à leur père, provoquant ce dernier en duel. “Si t’es un homme ! On verra si t’es un homme !” Leur père était donc descendu à sa suite. Mais rien n’avait eu lieu : leur père s’était “dégonflé”. C’est ainsi du moins que leur mère l’avait craché. Il a filé la queue entre les pattes, sans demander son reste. Oui, il est allé rejoindre sa mère et ses sœurs comme chaque fois qu’il a un problème. Amère, virulente. Brin de tabac ôté de sa langue. Il a toujours été comme ça. Depuis toujours, depuis que je le connais. Il a jamais rien eu dans la culotte. Ce soir, c’en est la preuve. Bon débarras ! Qu’il y reste chez sa mère, avec ses sœurs pour le consoler ! C’est pas moi qui irais l’y chercher !
Après, mais le temps entre… rien, il se rappelait la plainte de leur mère de retour du palais de justice de Paris, à propos du trajet que c’était, du sordide déballage de linges sales qu’étaient ces entrevues. Elle en rejetterait la totale responsabilité sur les sœurs, lesquelles représentaient leur frère retenu au travail souvent. S’exonérant aisément de ces face-à-face. Excusé évidemment par ses sœurs. “…Il arrivait que notre frère revenant d’une rude journée trouve sa femme en conversation animée, en train de boire un verre de vin avec des ouvriers du ravalement effectué alors. Quand il lui en faisait la remarque, elle lui répliquait qu’il fallait bien s’amuser. Qu’au moins eux étaient drôles. Pas comme lui.” On peut comprendre qu’ensuite… Elles disaient d’une même voix. “Cela justifie-t-il les recours à la violence ? demandait la juge alors. “Non, bien sûr ! Mais il avait des circonstances plus qu’atténuantes. Cette femme avait des antécédents. On la disait la jambe légère…” Etc, etc.
Quand leur mère revenait, elle puisait du courage dans un verre de vin, son paquet de cigarettes. L’homme qu’elle voyait alors – le locataire. De cela, Pierre n’avait eu conscience que tardi­vement. Pourtant, lors des droits de visite à leur père, lesquels avaient commencé avant même la prononciation officielle du divorce, leur mère avait multiplié les mises en garde afin qu’ils gardent le silence, l’avait intronisé gardien de ce silence sur la présence parfois de cet homme chez eux.
                                                             
“Des souvenirs pour mille ans”, l’expression est de Léon-Paul Fargue. Elle est vraie pour tout un chacun sans doute. Simple­ment, il y a ceux qui, ligotés d’une façon ou d’une autre par eux, ne cessent de les ressasser, et les autres qui s’en arrachent au plus vite comme du plomb à leur vie, à l’essor de leur vie. Pierre était des premiers ; aucun doute là-dessus.
Bien sûr, il n’avait rien dit et ne dirait rien de son sentiment actuel. D’ailleurs, il ne savait pas exactement ce qu’était ce sentiment. Il aurait aimé tenir l’Anne de la photo entre ses bras et tout oublier du reste dans ce havre de grâce.
Pour l’heure, il descendait tôt au bar, s’installait à la terrasse, y demeurait de longues heures à boire et à observer les gens, les imaginer.


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