1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Les collections > Bio

Les "Pétroleuses"Édith Thomas
Les "Pétroleuses"
Prix : 24,00 € 22,80
Quantité :
EAN : 9782364180550
Format 14,5 x 20 centimètres
370 pages.
Dessin de couverture : Ernest Pignon-Ernest
Préface de Bernard Noël
Reliure dos carré collé
Collection “ Bio ”
ISSN 2259-6976
Dépôt légal 4° trimestre 2019

SORTIE LE LUNDI 7 OCTOBRE 2019
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

 

Propos du livre

“Il faut beaucoup de temps et de distance pour que les regards portés sur un événement et ses acteurs s’assemblent et quittent la polémique et la discorde. Cependant, certains événements gardent un pouvoir d’agitation qui n’en finit pas de relancer les passions. C’est le cas de la Commune de Paris de 1871… écrit Bernard Noël dans la préface de ce livre. Ce qui a eu lieu a eu lieu, c’est irrévocable. Cependant, on peut toujours interroger l’imbrication des événements et apercevoir dans leur passage quelque chose qui est demeuré en suspens. L’historien qui remarque cela peut ainsi donner du présent à ce passé. Le cours des choses, bien sûr, n’en sera pas changé mais un peu d’avenir sera introduit dans le révolu. C’est ce que réusssit à faire Édith Thomas en mettant au premier plan le rôle des femmes jusque-là toujours secondaire.”
Le terme de “pétroleuse” fut inventé en 1871 pour stigmatiser les femmes que l’on accusait, à tort, d’avoir incendié Paris. Malgré l’absence de preuve, ces femmes au courage et à la détermination exemplaires, ont été fusillées par vagues anonymes, ou condamnées à la déportation. Comme pour leur rendre justice, Édith Thomas raconte ici leur histoire, l’histoire de la Commune vécue par des femmes en marche vers leur émancipation ;  chacune réhabilitée dans son nom, sa profession quand elle en a une, son caractère, sa situation sociale, son rôle durant la Commune. Avec une grande exigence intellectuelle, une générosité constante et le sens concret de l’Histoire, Édith Thomas nous propulse au cœur d’une insurrection dont le génie particulier reste toujours fécond.

 

Extrait

chapitre 4 : Le 18 mars

Il serait sans doute exagéré de dire que cette journée révolutionnaire fut l’œuvre des femmes. Mais elles y contribuèrent puissamment, au moins pour la première partie : la neutralisation des troupes.
Il fallait en finir. Sur l’ordre de M. Thiers, l’armée était entrée dans Paris pendant la nuit. Elle avait occupé les points stratégi­ques et s’était emparée, sans difficulté, des canons des Batignolles. À Montmartre, un poste du 61e bataillon de la Garde nationale veillait, rue des Rosiers. Louise Michel était venue y porter un message, lorsque le garde national Turpin fut blessé d’une balle, dans des circonstances assez obscures. Avec une cantinière qui se trouvait là, Louise Michel lui donna les premiers soins.
L’armée n’avait pas rencontré de résistance et l’affaire semblait devoir se régler rapidement. Cependant le général Vinoy avait oublié que, pour tirer des canons, il faut des chevaux. Il avait oublié les chevaux. Petit détail. Il fallut faire descendre à bras les canons de la butte.
Pendant ce temps, Montmartre s‘était réveillé. Les ménagères, qui allaient chercher leur lait et leur pain, commençaient à s’attrouper et à répandre les nouvelles. Des groupes curieux se formaient autour des soldats. Vers 7 heures, le maire de Mont­martre, Clemenceau, monta au haut de la Butte et voulut faire transporter à l’hôpital le blessé Turpin. Le général Lecomte le lui refusa. Il s’opposait formellement à “cette promenade de cadavre”. Un médecin militaire s’en occupait.
Mais on avait donné l’alarme. Aux églises de Paris, le tocsin sonnait. “Je descendis, la carabine sous mon manteau, en criant  ‘trahison’, écrit Louise Michel. Une colonne se formait. Tout le comité de vigilance était là : Ferré, le vieux Moreau… Mont­martre s’éveillait. Le rappel battait. Je revenais, en effet, mais avec les autres, à l’assaut des Buttes : nous montions au pas de charge, sachant qu’au sommet, il y avait une armée rangée en bataille : nous pensions mourir pour la liberté. On était comme soulevé de terre…” Et comme Louise Michel est douée de la sensibilité des poètes pour qui le ciel, le soleil et les nuits ne cessent jamais d’accompagner les actions des hommes, elle ajoute : “La Butte était enveloppée d’une lumière blanche, une aube splendide de délivrance.” Tout à coup, elle voit sa mère à côté d’elle, sa mère, la vieille servante Marianne Michel qu’elle n’a jamais cessé et ne cessera jamais d’aimer, d’une tendresse parfaite : “Je sentis une épouvantable angoisse. Inquiète, elle était venue. Toutes les femmes étaient là, montées en même temps que nous, je ne sais comment.”
De curieux et gouailleurs qu’ils étaient au début, les groupes de ménagères et d’enfants avaient grossi et étaient devenus mena­çants. Ils formaient maintenant, entre les soldats du 88e bataillon et la Garde nationale, “une véritable barricade humaine”. Le général Lecomte donna l’ordre de tirer. Alors les femmes s’adres­sant aux soldats : “Est-ce que vous tirerez sur nous ? Sur vos frères ? Sur nos maris ? Sur nos enfants ? ” La déposition du général d’Aurelles de Paladines est, à ce sujet, fort significative : “Les femmes, les enfants vinrent se mêler à la troupe. On eut grand tort de permettre que cette population s’approchât de nos soldats, car elle se mêla à eux et les femmes et les enfants leur disaient : “Vous ne tirerez pas sur le peuple.” Voilà comment les soldats du 88e, autant que je puis le croire, et d’un autre régiment de ligne, se trouvèrent enveloppés et n’eurent pas la force de résister à ces sortes d’ovations qui leur étaient faites. On criait : Vive la ligne !”
Devant cette intervention inattendue, les soldats hésitaient. Un sous-officier se place devant sa compagnie et lui crie :  “Crosse en l’air !” Alors, c’est la fraternisation du 88e bataillon avec la foule. Les soldats arrêtent leur général.
Rue Houdon, les femmes se sont massées. Le général Susbielle donne l’ordre de charger. Mais intimidés par les cris des femmes, les chasseurs “poussent leurs chevaux à reculons” et font rire 9. Partout, place Blanche, place Pigalle, à Belleville, à la Bastille, au Château-d’Eau, au Luxembourg, la foule composée en majorité de femmes, entoure les soldats, arrête les chevaux, coupe les traits, force les soldats “ahuris” à fraterniser avec leurs  “frères” de la Garde nationale.
Déconcerté par cette étrange victoire populaire, cette scandaleuse victoire populaire, le général Vinoy donne à ses troupes l’ordre de se replier sur le Champ-de-Mars. Le terrain reste aux femmes. Elles n’ont plus qu’à rentrer chez elles et à préparer leur dîner, ce qu’elles font, pour la plupart. […]

 

Lire un autre extrait

Site e-commerce par Raynette.