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Les collections > Bio

Bernard Noël, du jour au lendemainEntretiens avec Alain Veinstein
Bernard Noël, du jour au lendemain
Prix : 23,00 € 21,85
Quantité :
EAN : 9782364180420
Format 14,5 x 20 centimètres
348 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Bio ”
ISSN 2259-6976
Dépôt légal 4° trimestre 2017
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

 

Propos du livre

Les habitués de France Culture connaissent bien la voix d’Alain Veinstein : feutrée, chaleureuse, parfois espiègle. Il est minuit, l’heure des confidences. “Du jour au lendemain” commence… Trente-cinq années d’émissions, voilà qui aura fait le tour de l’horizon littéraire avec huit mille auteurs invités, dont un certain nombre de géants.
Vingt et une fois, ce fut Bernard Noël. Et dès les premiers mots, celui qui l’écoute saisit que cette voix est l’émanation d’une pensée de haut vol articulée sans détours et ouvrant des perspectives inédites.
Parce que Bernard Noël y joue un rôle essentiel de passeur, à la fois de ses textes, de la littérature en général (le lecteur visitera sa bibliothèque, rencontrera les écrivains aimés) et de l'écriture en particulier, de l'histoire de la peinture, de ses nombreux voyages (à dimensions littéraire et politique), ces entretiens (retranscrits et proposés par Nicole Burle-Martellotto) méritaient d'être regroupés dans un livre. Le voici, comme une trace aujourd'hui nécessaire pour interroger notre devenir.

 

Extrait

A.V. Une question se pose à l’arrière-plan des écrits que vous avez rassemblés dans ce volume, La Place de l’autre, qui n’est pas la question de savoir ce qui vous a fait écrire, mais plutôt ce qui vous a empêché d’écrire comme, par exemple, ce volume des monologues qui commencerait par un Nous. Qu’est-ce qui vous empêche d’écrire ? Pour le monologue, on voit : c’est que la question du Nous n’est peut-être plus une question d’actualité…

B.N. C’est à la fois ce que vous dites et c’est un peu plus compliqué parce que ce n’est plus une question d’actualité mais cela le demeure par le manque que la chose crée. Alors, pourquoi ce manque ? Pourquoi dans notre époque le Nous devient-il de plus en plus difficile à prononcer et encore plus difficile à vivre ? Enfin, ce n’est pas vrai, il y a encore des entreprises qui mettent en jeu le Nous. Je souffre peut-être aussi du fait qu’à mon âge, j’ai des nostalgies politiques.

A.V. Il n’y a pas d’âge pour les nostalgies politiques ! (rires)

B.N. Le Nous, forcément, réveille des appétits politiques. Ainsi, j’ai toujours en tête quand je pense à ce Nous, une scène que rapporte Georges Bataille. C’est en 1934, il y a une grande manifestation, vous savez, après la manifestation des Droites, qui ont failli prendre le palais Bourbon… Il y a une grande manifestation populaire qui a mobilisé des dizaines de milliers de personnes, principalement des communistes. Bataille fait part de l’impres­sion ressentie en voyant surgir la tête de cette manif sur le cours de Vincennes, cette manif débouchant de la rue des Pyrénées. Donc, il voit arriver des dizaines et des dizaines de gens qui se tiennent par le bras et qui manifestent physiquement cette espèce de “ Nous ” qui les réunit. J’ai cette scène en tête, c’est sans doute pourquoi je la qualifie de politique, sans doute l’est-elle nécessairement. C’est vrai que j’ai également le souvenir d’une manif extra­ordinaire qui s’est passée vers l’Odéon, ce devait être en 52. Des milliers de gens, même des dizaines de milliers de gens, manifestaient contre Ridgway, je ne sais pas si ce nom vous dit quelque chose. Ridgway était un général américain qui était accusé d’avoir utilisé des gaz dans la guerre de Corée, enfin ce que les Américains repro­chent aujourd’hui à Assad, eux les avaient utilisés en 52 en Corée. Donc, quand ce général débar­que à Paris, il y a une grande manifestation contre “ Ridgway la peste ”, et le souvenir que j’en garde est l’impression qu’on était en train d’abattre une forêt du côté de l’Odéon, tellement le bruit des bâtons, des battes, faisait une rumeur extraordinaire. Ce que je voudrais attraper, c’est cette rumeur.

A.V. Mais est-ce que le Nous ne s’est pas déplacé du terrain du politique vers celui du quotidien, car il y a encore un “vivre ensemble” ?

B.N. Tout à fait, oui. Quand je dis que j’écris pour être surpris par ce qui va surgir, c’est vrai, mais il y a aussi un certain décor au départ qu’on pourrait appeler l’arrière-pays de tout ce que nous écrivons. Ce que nous écrivons est aussi générateur d’une espèce de sens qui court dans les phrases et dans la succession des phra­ses mais cela appelle aussi quelque chose qui est derrière. Et c’est sans doute le surgissement de cet arrière-plan qui m’intéresse…

A.V. Mettre l’arrière-plan au premier plan…

B.N. Cet arrière-plan est ce qu’on contrôle le moins parce qu’on ne sait pas quel arrière-plan surgira, d’abord pour soi, et surtout pour les autres. C’est quand même le lecteur qui fait le livre, ce qu’on oublie peut-être un peu trop. C’est quand même une chose assez extraordinaire de penser que chaque livre, à chaque fois qu’il est lu, est réécrit. Donc, l’auteur est celui qui le réécrit le moins même s’il a l’air de le réécrire le plus. (rires)

A.V. Justement, à l’arrière-plan, est-ce qu’il n’y a pas l’impression, pour l’auteur, en tout cas pour l’auteur que vous êtes, de ne pas écrire ? C’est évidemment paradoxal à admettre, surtout quand on est en train de parler d’un aussi gros livre qui s’inscrit dans une série qui compte aujourd’hui plus de deux mille pages !

B.N. Ce que vous dites à la fois m’intrigue et me touche. C’est vrai que j’ai le sentiment que, tant que je ne suis pas mort, je n’ai pas fini d’écrire. C’est-à-dire que oui, des livres se terminent mais l’écriture ne se termine pas. Pour préciser, j’écris depuis sept ou huit ans un poème qui, pour moi, n’aura de fin que la mienne. En même temps, c’est une des choses qui m’a séduit chez Opalka qui, lui, a traduit la chose visuellement sur un tableau où l’on sent bien que la progression des nombres correspond à sa propre vie. Donc, quand la suite des nombres s’interrompt, visuellement, il n’y a pas de doute. Tandis qu’un écrit qui reste inachevé n’a sûrement pas le même pouvoir d’évocation de la disparition.

A.V. Dans l’un des textes du volume, intitulé Qu’est-ce qu’écrire ?, vous posez la question suivante : “Quelle activité ancienne le corps pouvait-il bien poursuivre dans l’attitude de l’écriture quand l’écriture n’existait pas ?”

B.N. Oui, c’est une des choses qui me travaillent souvent parce que je m’interroge en vain, je suppose comme tout le monde, sur l’origine de l’écriture et en remontant plus haut que l’origine de l’écriture, sur l’origine de la parole. Comment, comment, comment l’homme se met-il à parler ? Alors, une chose paraît évidente quand on pense à ça, c’est qu’un organe du corps humain a toujours été actif dans le même sens et c’est l’œil : l’homme a toujours vu le monde. Et comment la vue s’est-elle transformée en parole ? Un livre m’a beaucoup frappé, qui est Le Geste et la Parole de Leroi-Gourhan où il explique qu’à partir du moment où la bouche n’a plus été un organe de préhension, cet organe a été libre pour la parole. Mais, en même temps, cela n’explique rien… n’explique pas comment tout à coup la vue devient… se transforme en parole. Peut-être que tout commence par des cris, je ne sais pas…
Au cours de l’Histoire, on parle souvent de l’indicible, je pense que l’indicible n’existe pas. L’indicible n’existe que parce qu’il y a du dit. L’indicible est intérieur au dit. Comme le non-écrit est intérieur à l’écriture. Donc, il n’y a que l’écriture qui peut s’interroger sur ce qui n’a jamais été écrit. Comment la chose s’est-elle poursuivie pendant tout ce temps puisque l’écriture est relativement récente. Je me souviens de mon émotion devant les traces d’un petit village en Syrie, au bord de l’Euphrate, un petit village dont on pensait qu’il avait neuf mille ans avant notre ère, donc onze mille ans. Ce qu’il y avait de frappant dans ce petit village, c’est à quel point les maisons étaient minuscules. Il y avait un temple et des traces de maisons. Le temple avait la dimension d’une niche et les maisons mesuraient quelques décimètres carrés, sans plus. Et là, on voyait des pierres avec quelques traces. Est-ce que c’étaient des signes ? Si c’étaient des signes, ils prouveraient que l’écriture remonte déjà bien plus haut qu’on ne le dit. Mais quand on pense que, théoriquement, elle remonte environ à cinq mille ans et qu’elle surgit au bout de combien ? De centaines de milliers d’années, quel abîme ! Au fond, c’est cet abîme, sans doute, que l’écriture interroge.
Comme une des choses qui m’a le plus touché dans ma vie, c’est la visite d’une fouille de Leroi-Gourhan. Leroi-Gourhan faisait dégager par ses assistants et ses élèves une surface qui avait une centaine de mètres carrés et qui était absolument lisse, comme une page. Et sur cette page lisse apparaissaient les signes, les traces, en l’espèce ici, c’étaient les signes d’un campement de chasseurs de rennes qui étaient passés là il y a dix mille ans et qui avaient laissé les traces d’un feu, des os rompus et des cendres jetées un peu plus loin, enfin, presque rien. Mais ce presque rien apparaissait sur cette page de terre un peu comme les caractères pour les aveugles qui sont en relief sur la page. Donc, il y avait là des tout petits reliefs, et j’ai eu le sentiment – c’est une des choses qui m’a sans doute le plus touché, plus touché que les restes des pyramides – que des ombres se levaient de ces petits restes, de ces petits signes. Je me suis dit, à partir de ce moment-là, que l’écriture sert peut-être à ça : à faire se lever des ombres…

 

Revue de presse
> Lire l'article d'Alain Freixe dans L'Humanité du 23 novembre 2017
> Lire la note de lecture d'Anne Malaprade sur le site Pozibao (15 novembre 2017)
> Lire l'article de Didier Cahen dans Le Monde des livres du 8 décembre 2017

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