1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

5e Chambre correctionnelle15 septembre 2016
Prix : 0,00
Quantité :
 

Pas moins de sept personnes sont poursuivies pour dénonciation calomnieuse. Leur profil détonne : ce sont des femmes, cadres ou retraitées, sans casier, qui défilent à la barre. Elles travaillent bénévolement pour une association reconnue d’utilité publique de défense des animaux, chiens et chats. Elles sont jugées pour avoir demandé, en tant que membres du Conseil d’Administration, dans une lettre adressée au président de l’association, le licenciement de M.P., gardien du refuge. Ce dernier les aurait insultées, harcelées, menacées de mort. Elles reprochent également à celui-ci d’avoir volé des biens de l’association, en l’occurrence des croquettes pour chiens.
M.P., soutenu par le président de l’association, estime que cette lettre vaut dénonciation calomnieuse. Son avocat s’en tient ainsi au seul énoncé de ladite lettre, agaçant la magistrate qui lui rappelle que son client doit, pour que l’infraction de dénonciation calomnieuse soit constituée, rapporter la double preuve que les faits sont inexacts et que les prévenues avaient conscience que ces faits étaient inexacts.
Le président de l’association, M.V, intervient comme témoin de M.P. Maître chien au sein des sapeurs pompiers, président d’un club canin, possédant lui-même sept chiens à la maison, il explique qu’il a totalement confiance en son salarié, et que le recrutement de celui-ci, il y a quelques années, avait déjà été contesté par son Conseil d’Administration : « Lorsque j’ai embauché M.P., il était sorti de prison. J’estime que chacun a droit à une seconde chance. » M.V. ajoute que les conditions sont difficiles dans le refuge, poste isolé où il fait chaud l’été et froid l’hiver, et où vivent quarante chiens et une centaine de chats. Il détaille le fonctionnement de l’association, son budget : on apprend que les amis des animaux savent se montrer généreux, allant parfois jusqu’à léguer leurs biens. M.V. annonce ainsi, sereinement, qu’un million d’euros transite aujourd’hui sur le compte de l’association. Interrogé sur l’accusation de vol des croquettes, il balaye l’argument : la trésorière se serait trompée dans les commandes.
C’est un tout autre son de cloche que l’on entend de la bouche des prévenues. Elles maintiennent que des milliers de kilos de croquettes ont été détournées. Cherchant à se renseigner auprès de M.P, seul salarié du refuge, elles rapportent les insultes dont elles ont alors fait l’objet : « Connasses. KGB. » Les menaces sont aussi précisées : « Si vous montez, je vous mets dans le ravin », ou : « Vous passerez pas le portail. » Quand le président a demandé au Conseil d’Administration : « Qui sait qui veut la tête de M.P. ? », et que sept personnes ont levé la main sur les douze présentes, M.P aurait rétorqué : « Je vais vous fracasser. » Plus le dossier est creusé, plus on s’aperçoit que le salarié est, au mieux, un homme fruste, et qu’il a choisi pour se défendre des accusations de ces femmes – récemment révoquées du Conseil d’Administration – d’attaquer en premier, via l’infraction de dénonciation calomnieuse. Personne n’est dupe cependant, et certainement pas le tribunal qui relaxera les prévenues. Le plus troublant dans cette affaire, c’est le soutien inconditionnel du président vis-à-vis de son salarié.
Il est à parier que les prévenues n’en resteront pas là, et que d’autres procédures pénales permettront de faire toute la lumière sur la disparition des croquettes.

Benjamin Taïeb

Site e-commerce par Raynette.