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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

PJNice Comparutions immédiates22 août 2016
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En écoutant le premier prévenu de l’après-midi – interpellé en juillet, tout près du Palais de justice, avec de la cocaïne et des pilules d’ecstasy –, débiter son boniment aux magistrats, je me demande s’il a conscience de prendre ces derniers pour « ce que nous ne sommes pas : des imbéciles », dixit la procureure.
M.A., Tunisien qui faisait par ailleurs l’objet d’une interdiction de territoire en France, effectuait des allers-retours entre une boite de nuit et sa Mercedes, à 5 heures du matin, avec des sachets blancs. Plutôt que d’avouer son petit trafic – on retrouvera dans sa voiture 1 gramme de cocaïne et 26 pilules d’ecstasy, avec un peu de liquide – le prévenu parle de consommation strictement personnelle. Il soutient qu’il ne savait pas que l’ecstasy était interdite en France (comme en Tunisie du reste), et qu’il venait dans sa voiture pour « s’éponger », parce qu’il « avai[t] chaud ». Sa Mercedes, achetée 18.500 euros à Berlin… en espèces, aurait été financée par les activités de ses deux magasins de prêt-à-porter en Tunisie : « ça gagne bien », assure le prévenu. Il n’a pas le permis ? Ce sont ses « amis qui conduisent ». Interrogé enfin sur son interdiction de territoire, laquelle devait certes bientôt prendre fin, M.A. n’en dit pas grand-chose. Il croyait que « les trois ans étaient passés ». Son avocat tente une justification : son client « pensait que l’interdiction comptait à partir du jour de son incarcération et non à partir du jour de son jugement ».
Le deuxième prévenu, M.S., Marocain, vit depuis 10 ans en Italie. Il est interpellé fin juillet à la Turbie, en provenance de l’Espagne, avec 23,717 kg de résine de cannabis répartie en 19 sachets, trouvés sous le mécanisme des essuies glaces de sa voiture. Sous le siège du conducteur, quatre téléphones – le but étant qu’aucun des acteurs de la chaîne ne soit en contact direct avec les trafiquants –, également interceptés par la douane. Le casier judiciaire du prévenu est vierge, comme souvent dans ce genre de trafics. Une affaire tristement banale, avec une défense dans la déposition bien connue des autorités judiciaires : le prévenu « ne savait pas » qu’il transportait de la drogue.
À l’audience pourtant, sans doute conscient de la fragilité de son dossier, M. S. avoue tout. Sans affectation, il sensibilise les magistrats sur sa situation familiale, vivant sous le même toit que sa femme, son frère et son cousin ; évoque son besoin d’argent pour compléter ses maigres revenus d’ouvrier agricole et de vendeur en porte-à-porte « de balais et de vêtements » ; son déplacement à Malaga et ses multiples rencontres avec un intermédiaire dans un café dont il fournit le nom. Il raconte aussi le jour où il reçoit le signal du départ, les 350 euros qu’il a touchés pour les frais du voyage (péage, carburant notamment), et les 2.000 euros prévus à l’arrivée, à Gênes.
Bien qu’il n’ait aucune mention à son casier, M.S. encourt une peine de prison beaucoup plus élevée que le premier prévenu. Au final, s’il doit s’acquitter d’une lourde amende auprès des autorités douanières (le chanvre est évalué à 2.000 euros le kilo saisi), sa peine de prison – un an ferme – est plus clémente que celle de M.A., condamné à 18 mois de prison ferme et à une nouvelle interdiction de territoire pour trois ans.

Benjamin Taïeb

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