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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle25 janvier 2016
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À peine arrivé à l’audience qu’instinctivement je plains (et cherche) la victime du prévenu, lequel, grand et corpulent, le nez camus et la barbe négligée, a une carrure de boxeur poids lourds. Il me faut quelques secondes pour réaliser que cet homme, jugé pour avoir frappé un chauffard, est un fonctionnaire de police.
La victime, M.R., fut interpellée en état d’ébriété après avoir grillé deux feux rouges et fait un doigt d’honneur aux policiers. Une fois sa voiture immobilisée, M.R. est sorti du véhicule, levant les bras. Le prévenu poursuit : « Je l’attrape et je le plaque contre le véhicule. C’est une action de base qu’on apprend à l’école de police ». Selon le fonctionnaire, M.R. « se retourne, me met un coup de poing au visage ». Sauf que, intervient la magistrate, « le coup que vous évoquez, on ne le voit pas du tout à la caméra ». Ce qu’on voit, c’est que « lorsque vous le rejoignez, les bras sont déjà en l’air. » La suite est fulgurante : M.R. est attrapé « par la tête », le fonctionnaire lui assène « trois coups au visage », avant de le plaquer au sol. L’agent se défend : il a fallu « rapidement le maîtriser pour stabiliser la situation. C’est comme ça que ça marche. – On comprend difficilement pourquoi vous donnez des coups », insiste la présidente, d’autant que plusieurs collègues étaient présents lors de l’interpellation. Le policier, qui a déjà fait l’objet de sanctions disciplinaires pour ces violences, n’en démord pas : il n’était pas, contrairement aux magistrats, « assis dans [son] fauteuil. J’étais sur place, j’agissais ». Il a onze années de police nationale derrière lui, la plupart effectuées en région parisienne, des dizaines de lettres de félicitations de sa hiérarchie ; à l’entendre, tout allait bien jusqu’à sa prise de fonctions à Nice où il fut poursuivi deux fois pour des interpellations musclées. Il se plaint qu’ici il ne peut plus exercer son métier. Il est d’ailleurs en arrêt maladie depuis ces incidents, sous antidépresseurs ; sa compagne l’a quitté, il est sans domicile fixe et annonce qu’il va démissionner de la fonction publique. C’est le type même du flic désabusé, nostalgique d’une époque où l’on pouvait, pense-t-il, corriger les voyous sans faire de chichi.
Dans l’affaire suivante, la problématique est inverse : des policiers se sont constitué parties civiles. Deux jeunes fonctionnaires, une femme et un homme, ont ainsi été chahutés par un individu, M.B. Ce dernier roulait en scooter sur le trottoir. Après avoir interpellé M.B., les policiers ont constaté que le scooter faisait l’objet d’une mesure d’immobilisation et décidé de mettre le véhicule en fourrière. Le ton est monté, on a tenté de menotter M.B., mais celui-ci s’est débattu, donnant des coups et blessant légèrement les policiers aux cuisses, genoux, poignets. Les agents n’ont pu le maîtriser qu’avec l’aide… d’un passant. « Bande de pédés, pouffiasse ! », s’est alors exclamé M.B. « Sur la Mecque je vais te défoncer ! », ajouta-t-il à l’adresse du jeune homme. Aujourd’hui, le prévenu reconnaît les faits. Il est en contrat d’apprentissage pour devenir carreleur et tient à faire amende honorable : « J’ai été un peu désobligeant avec les policiers ».
Les deux prévenus seront pénalement sanctionnés, avec la circonstance aggravante que les violences ont été commises par ou sur une personne dépositaire de l’autorité publique. 

Benjamin Taïeb

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