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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

PJ Nice. Comparutions immédiates4 août 2016
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C’est l’été, le Tribunal vit au rythme des comparutions immédiates, trois après-midi par semaine. Le public disséminé dans la salle, indolent, semble maintenu en éveil par la climatisation. Les avocats plaisantent entre eux. « Ils sont tous jeunes », remarque justement ma voisine. Devant moi, une dame interpelle l’avocate de son ami, lequel sera jugé plus tard : « - Qu’est-ce que je fais de ça ? c’est à lui… C’est son coupe-ongles. – Vous ne pouvez pas entrer en contact. Pas ici. Vous le gardez, c’est pas grave. »
Viennent les prévenus : une jeune femme de trente ans, Mme P., son ancien compagnon, M.S., à peine plus âgé qu’elle, et l’ami de celui-ci, M.A., le plus âgé des trois et le plus lucide sur leur inextricable situation : poursuivis pour trafic de cocaïne, les deux hommes sont en outre en état de récidive légale.
Suite à une dénonciation anonyme, les policiers ont surveillé les allées et venues des futurs détenus. Lors de l’interpellation de Mme P. à son domicile, ils ont trouvé des bonbonnes de cocaïne, « ceux de la veille consommés avec mon ami », dit-elle. Directrice d’un hôtel, elle avoue prendre de la drogue depuis « 5-6 ans ». Depuis un an qu’elle vivait avec M.S., ils se partageaient « un gramme par jour ». – « Elle venait d’où, la drogue ? demande le président. – Je ne sais pas, je travaillais », répond la jeune femme. C’est M.A., le troisième prévenu, qui lui « donnait » la drogue. – « Madame en consommait beaucoup, il était généreux, M.A. », intervient le magistrat. Le prévenu assume : « Il y a des choses qu’on partage. Boire un verre tout seul à la maison, c’est pas agréable. On essaie de se débrouiller. Quand j’avais un peu d’argent, j’en achetais. » Il en revendait aussi, avec M.S. Il ressort en effet de l’instruction qu’en échange de sa dose, Mme P. mettait en relation des collègues de travail avec Mrs. A. et S. Elle soutient cependant n’avoir rien pris sur les transactions : « Je suis cocaïnomane, ce qui m’importait le plus, c’était ma dose, ma consommation ».
M.A. admet être un « gros consommateur » de cocaïne et de shit. « Les quantités sont variables. Ca m’arrive de prendre 3-4 grammes dans la soirée… Pas tous les jours, sinon je serais mort. » Sans emploi, il vit de l’argent des restaurants qu’il a revendus. Dès sa sortie de prison, fin mai, pour des faits similaires, il monnayait 5 grammes par semaine. « J’ai remis le nez dedans, s’excuse-t-il. J’avais un petit bénéfice sur la vente qui me permettait de payer ma part… C’est vraiment du traficotage ». Ses déplacements fréquents à Marseille pour se procurer du shit ? « A Castellane, le shit est bon, pas comme à Nice. C’est comme aller chercher ses cigarettes en Italie. » Sa franchise tranche avec celle des autres prévenus : M. S., lui, ne comprend pas pourquoi cette « image de trafiquant » lui « colle à la peau ». Il est filmé avec sa bonbonne de cocaïne qu’il remet contre du numéraire, un témoin décrit sa « petite balance électronique sur le lavabo de la salle de bains », Mme P. l’a vu « une ou deux fois faire la coupe dans la cuisine », placé sur écoute il demande à un client : « tu veux quoi, de la commerciale ?… il y a de la 0,5 et de la 0,9 », mais M.S. continue d’arborer son air candide ; il n’a « rien fait » depuis sa dernière sortie de prison en 2014. Car, insiste-t-il : « Je vous le dis, je suis pour la vérité aujourd’hui. J’ai changé, Monsieur le juge. »

Benjamin Taïeb

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