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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle4 juin 2016
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Il ne faut pas se fier aux visages poupon et à la mine confite des trois jeunes prévenus, nés entre 95 et 97 : ces trois-là ont roué de coups M.A., le laissant pour mort sur la Promenade des Anglais, tandis qu’il gisait dans une mare de sang.
L’affaire commence par une altercation dans un restaurant. Interrogée comme témoin, une jeune femme raconte qu’elle était avec son compagnon et ses nièces de quatre et six ans quand son ex-petit ami, entouré de copains, l’a aperçue accompagnée, la traitant de « sale pute » et lui crachant « trois fois » au visage. La femme s’enfuit avec ses nièces, se précipite vers sa voiture. Elle ajoute que l’ancien copain « trainait derrière [sa] porte » depuis des mois, façon de dire qu’il n’avait pas accepté la rupture après cinq années de vie commune. Il l’aurait en outre menacée d’un couteau ce soir-là.
L’agresseur et ses acolytes finissent par quitter le restaurant. Mais le compagnon de la fille témoin ne veut pas en rester là. Il prévient ses amis – les prévenus jugés aujourd’hui pour violences en réunion – pour un triste remake du film West side story, avec de petites frappes écervelées au casting.
Ils sont trois à partir à la poursuite de l’agresseur. Filmés par une vidéosurveillance, on les voit longer la Promenade des Anglais, se diriger vers le Mac Do, repérer l’ex-petit ami et deux de ses amis alentour. Les justiciers font immédiatement demi-tour, fondent sur le petit groupe. L’homme recherché parvient à s’enfuir avec l’un de ses copains ; le troisième, M.A., qui était selon le président « assis tout seul sur un plot de chantier », et n’était par ailleurs pas présent au restaurant au moment de l’altercation, n’aura pas cette chance. Les individus se précipitent sur leur proie et ne vont plus lâcher prise pendant cinq longues secondes d’une violence inouïe. Coups de poings, coups de pieds au visage. M.A. a eu 10 jours d’incapacité de travail. Les certificats médicaux font état de multiples fractures au nez, à la mâchoire. Il vient d’ailleurs d’être opéré du nez et sera bientôt opéré de la mâchoire. Il a failli perdre un œil. Le contraste avec la déposition de l’un des prévenus ne plaide pas en la faveur de ce dernier : « Il était au sol. Nous lui avons porté des coups. Mais pas méchants ».
Le plus âgé des prévenus s’explique : « Je suis le plus gaillard des trois, je me suis porté volontaire, je me suis avancé le premier ». – « Combien pesez-vous ? » interroge le président. « – 96 kilos », répond le jeune homme. « – Et vous ? demande le magistrat à M.A., présent à l’audience. – « 55 kilos ». Pour sa défense, le prévenu, qui a son baccalauréat et suit des études en soins infirmiers par correspondance, prétend qu’il y a eu « de l’affolement ». Il évoque le fameux couteau de l’ex-petit ami que personne ni aucune caméra n’ont vu, concède être « étourdi de ce qui s’est passé », s’excuse auprès de M.A. et de sa famille.
La victime dit ne se souvenir de rien, ne souhaite pas se constituer partie civile. Le magistrat l’incite à demander des dommages et intérêts, une expertise, le sensibilisant sur le coût des opérations et des éventuelles séquelles, d’autant que M. A. ne travaille pas. Celui-ci refuse obstinément, peut-être par peur de représailles.
« Est-ce que vous vous rendez compte que vous auriez pu le tuer ? » se tourne alors le président vers les détenus, silencieux derrière leurs visages poupon et leur mine confite.

Benjamin Taïeb

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