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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle2 juin 2016
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Il y a au moins une cinquantaine de personnes dans la salle bouillonnante, dont beaucoup de Roumains – famille, amis – venus soutenir les prévenus. J’ai toujours de l’appréhension quand je vois défiler les interprètes près du box des détenus, car je sais qu’à Nice la justice peut avoir la main leste en matière de répression de la délinquance étrangère. Ainsi du premier prévenu tunisien, M.S., arrêté à Nice avec 2,4 grammes de résine de cannabis, alors qu’il avait l’interdiction de séjourner dans les Alpes-Maritimes. Le procureur a requis six mois de prison ferme.
M.S., sorti de prison en janvier 2016, réside en Italie. S’il est venu à Nice, ce n’est pas pour profiter de la douceur de notre climat, mais pour voir son enfant de deux ans – qu’il a reconnu – placé en famille d’accueil. Il produit bien une convocation de l’assistante sociale (pour une visite prévue deux jours après l’interpellation), mais il aurait fallu qu’il demande au préalable le levé de l’interdiction de séjour. « Vous ne l’avez pas fait », tranche le président. Le prévenu insiste, brandit sa convocation. Cela ne convainc pas le procureur, lequel estime qu’il est « détestable de se servir de ses relations familiales devant le tribunal ».
Ce sont ensuite quatre Roumains qui sont jugés pour avoir volé pour 10.000 € de matériel de chantier dans un container, à Saint-Paul de Vence. Ils sont interpellés dans leur voiture à Nice, à une heure du matin, les objets grossièrement camouflés par un drap. Le plus âgé des quatre reconnait être l’instigateur du vol, tentant de couvrir ses compagnons de route. « Ils vous ont aidé à transporter les outils dans la voiture ? », demande le président. « Non, non », répond le prévenu, « ils sont restés dans la voiture, ils ne savaient pas mes intentions ». Il dit qu’il ne voulait pas revendre les outils mais les utiliser pour sa société. Il ressort toutefois du procès-verbal que le prévenu est sans domicile fixe et qu’il n’a ni profession, ni ressources. « Je l’ai dit [que j’avais une société], on ne m’a pas cru », commente ce dernier.
Le magistrat égrène les condamnations antérieures du prévenu : dix mentions pour des vols commis en Roumanie. Le détenu tente une justification : « J’ai fait de la prison avant la Révolution et après la Révolution. Avant la Révolution, les policiers pouvaient entrer chez vous, vous tabasser et vous mettre directement en prison. » « C’est vrai », acquiesce mon voisin roumain en souriant.
Le deuxième codétenu, conducteur du véhicule, annonce d’emblée : « Nous, entre Roumains, on s’entraide », n’ayant pas conscience de fragiliser son dossier. « Comment vous connaissez-vous ? », questionne le procureur. « – On vit tous au même endroit, au campement », répond le troisième prévenu, qui ajoute, à propos du meneur : « Lui, on ne le connait pas trop. » Tous disent travailler au noir dans le bâtiment, sauf le quatrième interrogé, inscrit à Pôle Emploi, qui « fait les poubelles ».
Le préjudice est nul dans cette affaire, puisque le matériel a été immédiatement et intégralement restitué à l’entreprise. Le procureur n’hésite pourtant pas à invoquer une « concurrence déloyale » entre les sociétés de bâtiment, ironisant au passage sur le statut d’auto-entrepreneur de l’instigateur du vol qui « n’a pas de voiture ». Il requiert pour celui-ci une peine d’un an d’emprisonnement. Je quitte le Palais, j’en ai assez entendu pour aujourd’hui.

Benjamin Taïeb

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