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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle25 mai 2016
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M.L., italien en détention provisoire, n’a pas d’interprète. « Il n’y a pas d’huissier aujourd’hui à notre audience ? », demande la présidente. « Il faudrait passer un coup de fil [à l’interprète]. » En attendant, on raccompagne le détenu dans sa geôle. Un autre prévenu prend place, entouré des policiers. Ah, l’interprète arrive. On rappelle M.L. L’audience peut enfin débuter.
L’histoire se déroule à Falicon. M.S., partie civile, part de son domicile à 15 heures. Quand il revient dans sa villa (implantée sur un jardin de 2.000 m2) à 18 heures, celle-ci a été cambriolée. Le portail – muni d’un digicode –, toujours fermé à l’arrivée des gendarmes, fut escaladé, l’effraction commise sur la porte-fenêtre du salon. L’intégralité de la maison a fait l’objet d’une fouille minutieuse. Le coffre-fort, retrouvé éventré dans le jardin, a été balancé par la fenêtre et vidé de ses bijoux – bagues, alliances, colliers, broches, bracelets –, ainsi que de 4.500 € en espèces, selon la partie civile. Cela ressemble à du travail de professionnel(s). Ou plutôt d’habitué(s) : une cannette de coca-cola gisait dans le jardin, l’ADN a pu y être prélevé, correspondant à celui du prévenu, déjà condamné pour des faits de cambriolage en Autriche et en Suisse. Sa culpabilité ne fait aucun doute ; ce qui est en jeu ici, c’est le quantum de la peine encourue, finalement fixée à 12 mois d’emprisonnement ferme, accompagnée d’une interdiction de circuler pendant cinq ans dans notre région cossue.
M.L. a été entendu à deux reprises. Il a d’abord reconnu sa participation aux faits incriminés, évoquant deux complices, lesquels lui auraient remis une somme de 120 € après le cambriolage. Puis il a soutenu, devant le même interprète, que l’argent lui avait été remis avant la commission de l’infraction : il aurait payé à boire à ces deux personnes, se retrouvant sans le sou pour regagner son domicile. « Pourquoi n’a-t-il pas utilisé les 120 € pour rentrer chez lui ? », interroge la présidente. Elle lui rappelle ses deux versions contradictoires, laissant supposer que les 120 € – si tant est que M.L. ait eu cette somme entre les mains – provenaient vraisemblablement du coffre. Le détenu s’en prend alors à… son interprète, lequel n’aurait pas bien traduit ses propos.
Toute la défense du prévenu repose sur ce fragile argument : il n’était qu’un simple spectateur, n’avait « aucune intention d’aller chez ce monsieur. – Ca ne le dérange pas d’entrer dans une propriété qui n’est pas la sienne ? », questionne la magistrate. M.L. reste évasif, précise seulement qu’il était fortement alcoolisé. « Qu’est-ce qu’il se dit quand la porte-fenêtre est cassée ?[Que] quelque chose ne va pas », répond-il. « – Pourquoi est-ce qu’il reste ? Il a vu le coffre-fort ? – Oui, [mes amis] l’ont sorti, l’ont tapé avec un marteau ».
La partie civile, quant à elle, a besoin qu’on l’écoute : « C’est bien dommage que des gens comme ça puissent faire ce qu’ils veulent. [Le prévenu] le prend en rigolant (pourtant j’observe que celui-ci fait encore les gros yeux à son interprète), m’enfin peu importe ». M.S. ajoute que « [sa] femme pense toujours aux bijoux, qui étaient anciens. C’est pas une valeur marchande, c’est une valeur sentimentale », insiste-t-il. Non sans avoir invoqué un préjudice matériel à l’appui de sa demande, pour la somme non couverte par l’assurance.

Benjamin Taïeb

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