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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle19 mai 2016
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En bas de l’échelle du deal, nous avons le guetteur : le cul vissé sur un siège et les yeux rivés sur l’unique accès au point de vente, il crie « Arah ! » pour avertir, quand s’approchent des policiers, ses « collègues » trafiquants. Ca paie bien, comptez 100 euros la journée. Parfois, le dealeur tient la sacoche de drogue : ça paie plus, au moins le double. C’est en substance ce qui est reproché à M. B., aujourd’hui à l’audience, trouvé lors d’une descente de policiers à l’impasse des L. avec un sac plastique contenant 820 € en petites coupures et 665 grammes de résine de cannabis, soit l’équivalent de 6.650 € au cours actuel du marché, nous informe la présidente.
M.B., vingt ans, en état de récidive légale, est poursuivi pour avoir acquis, transporté et fait usage de stupéfiants. Qui lui a confié ce sac ? « Je le connais pas, c’est juste des fois il me chope et il me confie des missions. » Le détenu se justifie : « J’avais pas le choix, j’ai pas envie qu’il s’en prenne à ma famille. Je vais pas parler beaucoup, j’ai peur des représailles. – Cette personne qui vous fait peur, intervient la présidente après avoir rappelé le montant important de la somme confisquée, elle vous fait aussi confiance.On sait tous où habite où », admet M. B., qui ajoute : « J’ai jamais été payé pour ça et rien du tout ».
Le prévenu est un gros consommateur de cannabis. Lors de son interpellation, il a dit fumer vingt joints par jour, qui lui coûteraient journellement 40 €, soit une somme mensuelle de 1.200 € : plus qu’un SMIC… Il gagne 310 € par mois dans le cadre d’une formation de carreleur. Ce sont ses sœurs qui l’aident à financer sa consommation. Questionné sur son avenir professionnel, il répond, sibyllin : « Maçonnerie ou cuisine », puis lâche, un brin désabusé : « Dans les quartiers, c’est difficile ». Est-ce parce que des collégiens assistent à l’audience ou en raison de son parcours personnel que la présidente perd son sang-froid ? : « – On peut vivre dans une tour à l’Ariane, aux Moulins, et devenir magistrat ! s’exclame-t-elle. On peut vivre rue de la Préfecture et devenir agrégé de lettres, alors l’histoire du quartier : non merci ! Le tribunal ne peut plus entendre que dans les quartiers, c’est difficile ! ». La réplique du détenu fuse : « Vous parlez des 1% ».
La jeune procureure joue trop bien son rôle de défenseure de la société : « On fait quoi devant la peur ? Dites-nous qui vous fait peur, on fera une bonne enquête et ceux qui font peur, ils iront au trou pour un certain temps » ; elle regrette que M. B. ait plus « peur du quartier que de la justice » et réclame quinze mois ferme. L’avocat de la défense ramène le débat à de plus justes proportions. Il souhaite qu’on écarte M. B. du quartier L., démontre que celui-ci a recherché activement un emploi, notant au passage que même « Quick a refusé de l’embaucher ». Enfin il rappelle, à l’appui d’une demande d’obligation de soins pour son client – lequel vient de passer un mois en détention « sevré naturellement » – cette évidence que les magistrats semblent avoir quelque peu occultée : M.B. « est un toxico comme j’ai rarement pu le constater. C’est monstrueux ! » C’est qu’avant d’être un délinquant, l’usager contrevenant à la législation sur les stupéfiants est une personne en souffrance. M. B. n’est que le symptôme de la frontière ténue entre la délinquance et la maladie, qu’aucun enfermement ne pourra résoudre.

Benjamin Taïeb

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