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Les collections > Thoth

La Fille d'ArthurAnnie Rodriguez
La Fille d'Arthur
Prix : 14,00 € 13,30
Quantité :
EAN : 9782364180321
Format 10 x 20 centimètres
140 pages.
Couverture quadrichromie
Reliure dos carré collé
Collection “ Thoth ”
ISSN 1625-9173
Dépôt légal 2e trimestre 2016
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

 

Propos du livre

Ce récit est le fruit de la rencontre entre une femme qui ne sait ni lire ni écrire, Maria, et une autre qui aime lire et écrire, l’auteure. L’une parle, la seconde écrit.
Maria raconte son enfance au Portugal dans une famille où règnent la violence et l’alcool. Elle rêve d’une autre vie, d’un autre monde. Bonne à neuf ans, mariée à dix-sept ans avec un homme qui la bat, elle fuit et doit son salut à l’amour qu’elle porte à sa fille et au soutien solidaire qu’elle a trouvé en France.
Annie Rodriguez, de ce parcours chaotique, nous offre un récit pudique et poignant. Par sa plume superposée à la voix de Maria, elle donne sens et espoir aux combats des sans-voix d’aujourd’hui.

Extrait

La Carrière


Gloria marchait, levant de temps en temps la tête pour apercevoir la carrière, la montagne cassée, comme elle l’appelait, où elle devait parvenir avant midi : son père attendait sa gamelle.
La carrière se trouvait à trois kilomètres de chez elle et Gloria n’avait que dix ans. Au début, la route, en pente douce, serpentait entre les vignes, puis à travers les grands champs de maïs. Gloria s’assura que le sac à charbon qu’elle cachait sous sa jupe était toujours là. Au retour elle le remplirait d’épis et les gens croiraient qu’elle ramenait du charbon de la carrière. Elle commença à repérer les plants à sa portée. Elle anticipait du regard les points d’appui qui lui permettraient de s’approcher des inflorescences dorées et de les détacher d’un geste rapide et précis.
Après les cultures, la grimpée s’amorçait. Gloria aurait bien voulu s’asseoir un mo­ment dans l’herbe mais le temps pressait. Elle commença à gravir la pente. Au détour d’un bosquet, tout là-haut, apparut la carrière. Une légère brume s’élevait au-dessus des pierres, comme si la montagne mutilée exhalait sa souffrance.
Ou bien peut-être était-ce la poussière qui envahissait le chantier, recouvrant les engins, les hommes, la végétation environ­nante d’une poudre blafarde, cette poussière qui prenait Gloria à la gorge dès qu’elle émergeait sur l’esplanade.
Elle accéléra le pas. Alors qu’elle approchait du chantier, elle aperçut la haute silhouette de son père qui la guettait :
– Dégage, dégage ! Cria-t-il.
Elle savait ce que cela voulait dire. Elle dévala la pente à toute allure, jusqu’au vieux lavoir abandonné, son refuge habituel, et se glissa dessous. Elle attendit, le cœur battant, dans le silence seulement troublé par des chants d’oiseaux et des craquements de branches. Le bruit de l’explosion l’envahit tout entière. Elle se boucha les oreilles et se recroquevilla. L’écho répercuta plusieurs fois la déflagration de plus en plus atténuée, puis tout redevint calme, étonnamment silencieux. Les oiseaux avaient fui, la nature semblait pétrifiée. Elle tendit l’oreille : son père sifflait. C’était le signal. Elle sortit de son abri et grimpa quatre à quatre le chemin pentu. Il l’attendait. Ils se regardè­rent. Une fois de plus, tout était en ordre.
Le père était le maître de l’explosion. Admirative et soulagée, elle ne souhaitait qu’une chose : lui laisser son repas et déguerpir au plus vite vers la plaine. Mais souvent il lui disait :
– Reste, j’ai besoin de toi.
Il lui confiait alors le lourd soufflet. Elle attisait les braises du feu qui servait à chauffer la lame des outils avec lesquels il taillait la pierre. L’engin était lourd, il faisait chaud, ses bras devenaient douloureux, elle s’étouffait.
Gloria avait horreur de cet endroit, un lieu poussiéreux, bruyant et dangereux, un lieu à l’image du père, ce dieu souverain, violent, maître du feu et de leurs vies.

Récemment, Gloria est revenue à Pico et elle a revu la carrière. Le décor est en place mais le lieu désert : plus de poussière, plus de camions, plus de bruit. La nature peu à peu reprend ses droits, la grande plaie de la montagne cicatrise doucement. L’herbe, les fleurs, les arbustes commencent à pousser entre les pierres. L’eau y creuse des sillons, donnant aux parois rocheuses des reflets argentés.
Comme autrefois, en redescendant, Gloria a dérobé quelques épis de maïs et un peu de bois et elle s’est revue, petite, son sac sur la tête, tremblant que quelqu’un découvre ses larcins, pressée de fuir cet endroit qu’elle assimilait à l’enfer.
Mais aucune fuite ne peut effacer ce qu’elle porte encore en elle, l’image de ce père, démiurge adoré et honni.



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