1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Les collections > Fonds Proses

Chroniques du purinMarc Delouze
Chroniques du purin
Prix : 16,00 € 15,20
Quantité :
EAN : 9782364180314
Format 14,5 x 20 centimètres
168 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN : 2259-6976
Dépôt légal 1er trimestre 2016
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

 

Propos du livre

Retiré dans sa campagne pour écrire, le narrateur écoute en lui battre le sang des morts. Ce sont eux qui le font parler.
Certes, ce n’est pas lui qui se retrouve à Westerbork avec Etty Hillesum. Ni dans le ghetto de Varsovie avec Yitskhok Katzenelson. Ni sur le pont de Brest-Litovsk sur les traces de Margarete Buber-Neumann. Ni à Auschwitz en compagnie d’Imre Kertész. Ni à Hiroshima aux côtés de Tôge Sankichi. Ni dans la Kolyma dans l’ombre de Varlam Chalamov. Ni sous les roues d’une auto à Ostia avec Pier Paolo Pasolini.
Ce n’est pas lui – ce ne sont que ses mots. Réunis dans un livre qui n’est que l’ombre portée d’une réalité qui n’en finit pas de nous escorter, et qu’il s’obstine à vouloir nommer, peser, interroger.
“ Sont toujours là les en-allés. Pas question d’en faire son deuil. Jamais. Sont toujours là. Ils ne “ revivent ” pas. Ils vivent. En nous, en vous, en moi.  Quand ma bouche s’ouvre et qu’en surgit un peu de leur parole, ma joie m’étoufferait presque. Mais cela ne fait pas mon bonheur pour autant.” M.D.

 

 

Extrait

Le livre

Le jour le soleil brûle au-dessus de la campagne paisible comme une flamme à travers la porte ouverte d’un four.
Dès le petit matin par-delà l’écran de l’ordinateur mon regard traverse la fenêtre et s’abandonne de longues minutes dans la contemplation d’un ciel de faïence très ancienne.
Sur la place de l’église devant la façade grise et blanche mangée par le temps les silhouettes sans âge de trois femmes semblent plongées dans de secrets conciliabules sous les regards facétieux des gargouilles de pierre aux faciès grimaçants.
Un peu plus loin deux hommes en casquettes et blousons beiges le visage rubicond la panse rebondie échangent de grands gestes en prenant à témoins le village et le ciel et les collines à l’entour.
Peu à peu arrivent d’autres femmes vêtues de noir, d’autres hommes arborant des cravates ficelées gauchement.
Pas de doute il s’agit d’un enterrement.
Je ne connais pas le défunt.
J’ouvre la fenêtre et respire à pleins poumons la fraîcheur éblouissante de cette matinée d’été finissant.
J’enfile un léger pull-over, mets mes chaussures de marche et sors.
Crissement du gravier.
Je croise au large de la foule agglutinée par petits groupes comme autant de sombres récifs émergeant des eaux grisâtres du bitume.
Je descends la pente raide jusqu’au pont qui enjambe la Vrille boueuse.
Des petits tas de feuilles mortes et sèches émettent un bruissement de papier froissé à chacun de mes pas.
Je gravis lentement le chemin qui grimpe en sinuant sur la colline.
(L’impression de remonter le cours d’une mémoire vierge).
Profitant d’une trouée dans la haie de ronces et de mûriers qui me sépare du champ je franchis le petit fossé.
J’attaque la colline de front en piétinant de maigres pousses jaunes qui dressent l’ultime vitalité de leurs épis récalcitrants.
Je laisse sur ma droite le chemin qui mène au hameau de Diancy situé de l’autre côté d’une vaste dépression et rejoins la route caillouteuse qui mène à l’aéroclub.
J’avance contre le vent d’est qui fouette mon visage.
Le soleil qui dévale doucement vers l’ouest me réchauffe le dos.
(Plaisir de m’infliger cette petite souffrance – moi qui somme toute n’en connus jusqu’ici que de légères et supportables.)

Je m’arrête et sors de ma poche arrière le livre que j’ai emporté, dans lequel j’ai glissé un crayon et griffonne quelques mots sur une des pages vierges qui se trouvent en fin de volume
Sont toujours là les en-allés.
Pas question d’en “ faire son deuil ”.
Jamais.
Sont toujours là.
Ils ne “ revivent ” pas.
Ils vivent en nous, en vous, en moi…

Je me remets en marche, écrivant dans ma tête ce livre que je n’écris pas, que je copie et recopie, que je corrige et recorrige à n’en plus finir
(à n’en pas le finir peut-être).
(…)

Le printemps

Le lendemain matin le printemps. Les champs retournés exhibent l’ossuaire de milliers de pierres qui chaque année remontent du tréfonds à la surface de la terre.
Le vent d’ouest souffle continûment.
Un clocher lointain sonne la demie d’une heure incertaine.
Dans le ciel cohabitent en une fusion éblouissante le bleu le blanc le feu et le sombre d’un orage toujours possible.
Deux tracteurs glissent lentement sur la crête de la colline en rejetant une poussière suspecte au bout de leurs immenses antennes.
Soudain parviennent aux oreilles du flâneur champêtre les cris que des grues invisibles envoient en éclaireurs, puis apparaît la première flèche migratrice ondoyant dans le ciel juste au-dessus de sa tête.

Il est sorti mains dans les poches.
Pas de livre.
Pas de papier.
Pas de crayon.
Derrière le cimetière une trouée dans le feuillage indique le départ d’un étroit sentier qui débouche
(l’été)
sur la houle éblouissante d’un champ de colza.
À chaque pas ses chaussures de marche s’alourdissent d’un peu plus de terre.
Autour de lui le blé en herbe se couche, se cambre, puis se couche à nouveau sous les caresses désordonnées du vent.
Là-bas une auto avance en cahotant sur un chemin qui ne mène nulle part.
Dans le ciel flotte la substance laiteuse d’un nuage mal dissout.
Le vent.
Les voix du vent.
Des millions de voix dans le vent
(ce sont des cendres suspendues dans l’air).

Assis sur un muret de briques et de ciment grossier, le dos tendu sous l’assaut glacial du vent du nord, le visage livré à la jeune voracité du soleil matinal : il est au cinéma du monde.
 
Dans l’air une odeur de purin.



Lire un autre extrait

Presse
>Lire la note de Jean Miniac parue dans la Nouvelle Quinzaine Littéraire du 1er juin 2016 N° 1152
>Lire la note de Jean Cuénod dans Mediapart et La Tribune de Genève
>Lire la chronique d'Alain Helissen sur le site du CCP (cahier critique de poésie)
>Lire l'article du Progrès de Fécamp (Paris Normandie)

Site e-commerce par Raynette.