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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle9 septembre 2015
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Quand la fillette de 11 ans, en CM2, a proposé une fellation à l’un de ses camarades et que celui-ci en a référé à son institutrice, le signalement a été fait sans délai, les autorités compétentes saisies, l’enquête sociale menée. Le père de la fillette, M. S., est aujourd’hui à la barre. Il lui est reproché d’avoir visionné des films pornographiques en présence de sa fille, d’avril à juin 2015.
La situation professionnelle et familiale du père n’a pourtant rien d’extraordinaire. Ouvrier polyvalent au casino de Monte-Carlo, il gagne bien sa vie ; divorcé d’avec sa femme, mère de l’enfant de 11 ans, il vit depuis cinq ans avec sa nouvelle compagne, certes pas toujours chez elle, puisqu’il est lui-même propriétaire d’un F3 où sa fille le rejoint un week-end sur deux et la moitié des vacances.
Quand son ex-femme atteste qu’il était un « consommateur assidu de vidéos pornos », qu’il en voyait « tous les week-ends », le prévenu répond : « pas plus qu’un autre ». Quand sa fille l’a surpris la nuit en train de mater un film X, il « l’[a] engueulée », lui disant qu’elle « n’avait pas à se lever, à l’espionner ». En général, il « essaie d’éviter [de regarder des films pornographiques] quand elle est là. » M. S. veut bien entendre qu’il n’a pas été très précautionneux, la chambre de sa fille donnant sur le salon où est situé l’écran de télévision, mais il ne comprend pas pourquoi celle-ci « se fait passer pour la victime ». D’ailleurs, ne se souvient-il pas que dès l’âge de sept ans elle montrait sa culotte à ses petits camarades de classe ?
La parole de l’enfant est accablante. Son père n’aurait pas été qu’imprudent : il lui aurait clairement demandé de regarder les films avec lui. Le président lit le témoignage de la fillette, faisant des pauses, espérant une explication du prévenu, lequel s’enferre dans ses dénégations de plus en plus grotesques devant la précision des faits relatés au psychologue : « On voit toutes les parties du corps (…). Je ne savais pas comment il fallait réagir. La première fois, ça m’a fait bizarre. Papa m’a dit de rester, en souriant. « Allez, viens S. » Il faisait des bruits : « Ah c’est bon, ça ! » (…) Ce jour-là, on en a regardé trois. Papa met le pouf entre nous deux. Il me dit qu’on va aller faire du vélo, mais on n’en fait pas. (…) Je suis revenue parce que je m’ennuyais toute seule. Il a mis du gel chauffant sur ses mains. » – « Que vous utilisez pour vous masturber ? s’interrompt le président. – Des fois, oui. » La fille décrit un « flacon triangulaire et bleu. – Il était pas caché, c’est sûr », admet le père. Le président reprend la lecture : « Le pouf, vu qu’il bougeait la main, ça tremble. J’essayais de ne pas regarder. (…) Ils font l’amour. C’est pas beau à voir. Pour lui, oui, pas pour moi. Une fois, il m’a demandé d’enlever le pouf. » M. S. se dit choqué, il ne voit pas « l’intérêt d’avoir fait tout le récit qu’elle a fait là.Ce qu’elle dit a eu lieu, d’où l’absence d’intérêt dans ses propos », répondra le procureur. La fillette aurait-elle été manipulée ? Selon le psychologue, elle s’est inquiétée des suites de son témoignage, verbalisant la crainte de ne plus voir son père. Elle ne le charge pas, ne l’accuse pas d’attouchements sexuels, par exemple. Quant à sa mère, elle culpabilise. Il n’y a pas de contexte procédurier entre les ex-époux. Juste une enfant qu’il faut maintenant protéger de son père.

Benjamin Taïeb

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