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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

PJ Nice. Comparutions immédiates.7 septembre 2015
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Le détenu en chemisette jaune, vingt-six ans, né au Pakistan et domicilié en Espagne, est poursuivi pour avoir conduit de l’Italie vers la France neuf de ses compatriotes pakistanais en situation irrégulière. Arrêté à Menton et jugé en comparution immédiate, M. Y., qui vit chez son père, est sans profession. Son oncle est le propriétaire du véhicule dans lequel il fut interpellé. Jamais condamné en France, M. Y. a le profil-type du passeur. Certes, on ne trouve pas tant d’argent sur lui – 260 euros –, et deux de ses trois téléphones ne fonctionnent pas, inexploitables. Mais le discours du détenu, cousu de fil blanc, n’abuse personne : si l’on veut le suivre dans son raisonnement, il est allé « voir un cousin à Milan », s’est arrêté par hasard à une station-service près de la frontière, a pris ces passagers sans se douter qu’ils étaient en situation irrégulière, ne savait pas exactement où il devait les déposer, est sorti à Menton pour éviter de payer le péage. Cette défense est d’autant plus intenable que deux passagers ont brisé l’omerta et confié qu’ils devaient payer le détenu à l’arrivée. Et une photographie ne laisse planer aucun doute sur les intentions de l’intéressé : où l’on voit quatre des neuf migrants entassés… dans le coffre de la voiture. M. Y. est condamné à 18 mois de prison ferme et à une interdiction du territoire national pendant dix ans.

M. M., né en République dominicaine, est jugé pour avoir transporté 3,7 kilos de cocaïne en provenance d’Espagne. Ses deux enfants vivent avec leur mère en Autriche. Lui habite en Italie, chez sa mère. Il vit de « divers petits métiers » non déclarés. Difficile, dans ces conditions, de justifier ces milliers de kilomètres parcourus en deux jours, avec un départ en avion le lundi et un retour en bus dès le mercredi, juste pour aller « voir [s]a famille ». Ce bus à destination de l’Italie dans lequel M. M. est contrôlé en France : les agents douaniers jugent le passager nerveux, vérifient ses bagages, trouvent la drogue dans la batterie d’un fauteuil roulant.
À l’audience, M. M. joue parfaitement son rôle de « fusible », de « mule » qui n’a pas de casier judiciaire – proie idéale pour les trafiquants –, peu disert. Il admet qu’il savait transporter quelque chose d’illicite, mais prétend ignorer quel produit et en quelle quantité. Il y a bien ce compatriote « Marco » qu’il dit avoir rencontré de manière fortuite à la gare de Barcelone, et une personne qui devait le contacter à son arrivée prévue à Rome, mais on n’en saura guère plus. Prudent, M. M. utilise d’ailleurs une application téléphonique qui ne laisse aucune trace de ses messages. Tout juste admet-il qu’il devait toucher 5.000 euros pour l’opération. Est-il lui-même consommateur de cocaïne ? Il soutient que « non ». La représentante des douanes révèle toutefois qu’il était positif à la cocaïne lors du contrôle. Soit le détenu ment, soit c’est lui qui a mis la cocaïne dans le fauteuil roulant. M. M. promet en tout cas que « c’est la première et la dernière fois » qu’il commet une telle infraction. On ne peut blâmer le tribunal de ne pas le croire. Même si 30 mois d’emprisonnement, ça fait cher la leçon pour le jeune homme qui n’a pas trente ans. Surtout, on a comme l’impression que ces deux détenus-là, naïfs ou calculateurs rationnels, ne forment que la partie émergente d’un réseau qui les dépasse et s’épanouit à l’ombre de nos institutions.

Benjamin Taïeb

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