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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle2 septembre 2015
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« – Vos copains sont à la 6ème chambre, en face, ici c’est la 7ème », me dit le policier. J’informe l’agent que c’est bien à l’audience de la 7ème chambre que je vais assister. « – Vous êtes tout seul ? » insiste-t-il, dubitatif. Je serais curieux de voir à quoi ressemblent « mes » copains d’en face, mes collègues, comme disent les détenus.

J’arrive au moment où l’un deux, M. A., tente d’expliquer avec ses mots mâchonnés à demi-voix – magma de sons plaintifs –, avec son vocabulaire hyper restreint, pourquoi, en revenant de la promenade, il a donné un coup de tête à « [s]on collègue ». Il pensait sortir en 2016, la magistrate lui annonce qu’il est détenu jusqu’en 2018 au moins. Puis elle lui demande : « – Vous n’avez pas d’avocat ? – On m’a rien dit… Par rapport à la présence de l’avocat. » On vérifie que le détenu a bien reçu sa convocation. Sur celle-ci, M. A. a écrit qu’il souhaitait avoir un avocat. Reste que sa requête n’a pas été faite dans les formes. « – Vous savez qu’il y a des démarches à effectuer pour avoir un avocat commis d’office. Concrètement, qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce que vous avez rempli comme document ? » mitraille la présidente. « – Je n’ai pas eu de document. – Pourquoi vous ne nous avez rien dit en début d’audience ?... De toute façon, le dossier a été instruit et retenu », tranche-t-elle, avant de condamner M. A. à une peine d’emprisonnement et au paiement des frais de l’avocat… de la partie adverse.

« – Vous purgez plusieurs peines ? – Ouais c’est ça. », répond le détenu suivant, qui a endommagé un véhicule de la société Orange et volé du matériel. « – Ce sont des faits que vous avez reconnus ? – Ouais c’est ça. » L’avocat de la défense argue que son client, à la limite du discernement, « ne comprend rien à ce qui se passe ici si ce n’est peut-être qu’il a conscience que son sort est entre vos mains. » Il prendra trois mois ferme.

M. T., troisième détenu, fait le ménage en prison (nettoyage du sol, des douches, etc.) pour 150 euros par mois. Quand il apprend qu’il n’a pas purgé l’une de ses peines, il s’étonne : « Je pensais que mon casier était nettoyé. »

Vient enfin un prévenu sénégalais, M. M., poursuivi pour « rébellion ». Vendeur à la sauvette, sa communauté l’informe de l’arrivée de policiers ; M. M. remballe ses marchandises en urgence, replie le drap, prend la fuite. Une fonctionnaire de police lui barre le passage en vélo. Il la contourne. Elle tente de l’attraper à l’épaule. Il se débat comme il peut, freiné dans sa course. Un deuxième policier surgit alors et le menotte. Il n’y a eu aucun coup porté par le prévenu contre les agents, aucune rébellion au sens du code pénal, définie comme « le fait d’opposer une résistance violente à une personne dépositaire de l’autorité publique… ». Ce qu’on lui reproche, rappelle la présidente, c’est « de ne pas [s’]être laissé faire. » Et, ajoute l’avocat représentant les intérêts de la Mairie, de troubler « l’ordre public économique de notre cité », les vendeurs à la sauvette provoquant « la fuite d’un certain type de clientèle devant des magasins de luxe. » Il est vrai que M. M. vendait des chapeaux, lunettes, coques pour téléphones, sacoches, peluches mécaniques, colliers, bracelets, piles alcalines, sachets d’élastiques… : autant de biens placés sous scellés. La Justice veille au grain.

Benjamin Taïeb

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