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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle23 juin 2015
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Une fois n’est pas coutume, ce sont des femmes qui sont à la barre. Aujourd’hui en France, les femmes ne représentent en effet que 3,5 % de la population carcérale, soit 2 758 femmes sur les 78 708 personnes écrouées 1. Ces chiffres ne doivent pas occulter la très grande vulnérabilité des femmes en prison, souvent jeunes, mères de famille (le père est rarement là pour s’occuper de l’enfant 2) et sans diplômes, venant de milieux défavorisés. Selon l’Observatoire International des Prisons, 20 % d’entre elles sont illettrées et 50 % ont un niveau d’instruction primaire 3. Elles purgent majoritairement de courtes peines, pour des délits non violents 4. L’audience de cet après-midi est la parfaite illustration de ces statistiques.
Les trois jeunes femmes sont poursuivies pour vol en réunion de gels douche et de paires de rideaux. 73 gels douche auraient été dérobés au Monoprix de la Place Garibaldi, et 5 paires de rideaux au Maxi Bazar de l’avenue de la République, pour un usage évidemment pas, ou pas seulement personnel. Deux d’entre elles remplissaient les sacs, tandis que la troisième faisait le guet. Interpellées par le vigile d’un établissement, les prévenues reconnaissent à l’unisson les vols, expriment leurs regrets à l’audience.
La première, Madame F., « niveau Brevet » des collèges, explique : « Les gels douche, j’en avais besoin et je les vends par lots. » Elle fut condamnée cinq fois pour les mêmes faits, jusqu’à dix-huit mois de prison. Mais la dernière condamnation remontait à plus de quatre ans. Elle dit : « – J’essaie de ne pas être incarcérée et éloignée de ma petite fille.Vous travaillez actuellement ? interroge la magistrate. – Non, j’ai jamais travaillé.Le père de l’enfant lui paie une pension ?Non. » Et pour cause, le père n’a pas reconnu sa fille.
Madame M. n’a pas de casier. Elle soutient qu’elle n’a pas les moyens d’acheter de tels produits. Les rideaux ? « C’était pour chez moi. » Elle est mère célibataire, ses trois enfants ont 8 ans, 5 ans, et 2 ans et demi. « – Vous travaillez ?Pour l’instant, le dernier il est petit… »
« Comme j’ai des enfants, j’arrivais pas à payer des gels douche », se justifie Madame T., troisième prévenue, qui élève seule ses trois enfants et vient d’être embauchée comme agent d’entretien. Même son de cloche pour les rideaux : « C’était pour chez moi.Les quatre paires ? demande la présidente, incrédule. – Oui. » Madame T., comme Madame F., a déjà été condamnée pour des faits similaires. Les deux femmes risquent de nouveau l’incarcération et, de fait, le placement de leurs enfants en institution ou en famille d’accueil.
Le total des vols s’élevait à 194,69 euros.

1 Statistiques mensuelles de la population détenue et écrouée, à jour du 28 mai 2015 : www.justice.gouv.fr.
2 D’après un rapport d’activité du Sénat de 2009 sur Les femmes dans les lieux de privation de liberté, « les détenues mères sont, la plupart du temps, célibataires, plus isolées que les autres, et ont souvent rompu les liens avec leur famille. »
3 www.oip.org/
4 Selon un rapport européen réalisé en 2001 sur les conditions de la détention, 89 % des détenues sont emprisonnées pour des délits non-violents, consécutifs à des contentieux familiaux et/ou économiques (vols, chèques sans provision, utilisation de fausses cartes de crédit, vente de stupéfiants…). Source : Prisons de femmes en Europe, prisons.de.femmes.free.fr

Benjamin Taïeb

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