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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

PJ Nice. Comparutions immédiates.9 mai 2015
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Les deux détenus sont poursuivis pour avoir commis en état d’ivresse, la veille de l’audience, des violences sur une victime hospitalisée et opérée dans la foulée, laquelle a perdu, au moins momentanément, la vision d’un œil. L’affaire sera renvoyée pour mettre en confrontation la victime et ses agresseurs. Il n’y aura donc pas de jugement sur le fond aujourd’hui, mais la présidente voudrait en savoir un peu plus sur le parcours judiciaire et les motivations des prévenus. M.F., 27 ans, grand et solide gaillard, cheveux courts, a deux mentions au casier pour conduite en état d’ivresse et vol en réunion. Il admet avoir des problèmes avec l’alcool, se dit prêt à suivre des soins. Il reconnait aussi « avoir donné des coups, mais pas les plus graves », et regrette son geste. M.B., 44 ans, barbu aux cheveux longs, au casier « beaucoup plus copieux » selon la magistrate, annonce d’emblée : « J’étais pas là, je n’ai rien fait. » M.B. vit dans un squat, la victime est son voisin de palier, lequel aurait été « toujours correct avec [lui] », précise le prévenu, avant d’ajouter : « Je n’ai pas porté de coups sur lui. On s’entend très bien. J’attends que le garçon soit là pour témoigner.Je ne vais pas aller sur le fond, reprend la présidente, mais la victime, avant l’intervention chirurgicale, met en cause deux personnes. » Le travail des avocates consistera à minimiser le rôle de leur client dans l’affaire, à le démarquer de l’autre agresseur (pas aidées en cela par le fait que les prévenus portent exactement le même haut de survêtement). L’avocate de M.F. souligne d’ores et déjà que ce dernier ne vit pas dans un squat, et qu’il n’est pas connu pour des faits de violence, tandis que la défenseure de M.B. affirme le « rôle prépondérant dans l’agression qu[e M. F.] a pu avoir ». Ce sera à qui balance le plus sur son codétenu, ligne de défense que l’on peut juger risquée : le chacun pour soi ne devrait guère éviter la condamnation pour tous.
« Sortez tous ! », hurle le détenu suivant, M.T., 20 ans. « La vie de ma mère, sortez tous ! ». Il s’adresse à la présidente : « Ca fait deux jours, j’ai pas de cachets !... Moi je suis fou, je suis schizo, moi je suis pas comme vous ! en geôle, il faut prendre les cachetons...Ca y est ?, demande la magistrate, qui tente de garder le contrôle des débats. – Ca y est. » Mais le détenu ne tient pas en place, il s’époumone : « Le docteur il m’a déclaré fou ! et vous ne me donnez pas mes cachets !Monsieur T… – Monsieur T. il est fatigué ! Ca fait depuis ce matin que je suis en geôle.On vous juge aujourd’hui ? », questionne la magistrate. – « Vous voulez me la jouer à l’envers ? Si je ne suis pas jugé, vous allez me mettre en dépôt… Vous m’avez pas donné mes cachets, vous me mettez pour outrage ! J’y vais pas en cellule ! J’ai rien fait, j’avais deux barrettes de shit ! ». M.T. prend sa tante à témoin : « 48 heures pour 15 grammes de shit, t’imagines ? Ils m’ont mis cinq outrages pour me niquer ! ». La présidente évacue la salle. La tante du prévenu fait un malaise. Une dame de la famille prie le policier zélé de ne « quand même pas la traîner par le bras ». Sortie de la salle, la tante a une crise de spasmophilie. – « Madame, vous vous calmez », enjoint un policier. – « Elle est diabétique », répond son accompagnatrice. – « Elle est diabétique ? » interroge le policier en s’éloignant, avec l’air de celui à qui on ne la fait pas.

Benjamin Taïeb

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