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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

5e Chambre correctionnelle11 mars 2015
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Un regard de tueur. Une fine barbe bien taillée. M.B., en survêtement à l’audience, 25 ans, 26 mentions au casier, est détenu depuis qu’il est majeur, purgeant une peine jusqu’en 2020 au moins. Il doit répondre aujourd’hui d’une agression vis-à-vis d’un surveillant de prison et de menaces de viol et de mort à l’encontre du personnel pénitentiaire. Le prévenu était alors en quartier disciplinaire, dans la maison d’arrêt de Nice, pour avoir blessé son codétenu. Il aurait aussi dit, quelques jours après les faits : « Les frères Kouachi ont eu raison, ce sont mes frères. »
Le jour de l’altercation, M.B. refuse de remettre au personnel de l’administration un briquet qu’il a sur lui, tentant de le dissimuler dans le rectum. Il est maîtrisé par plusieurs agents et emmené dans sa cellule. Cela dégénère au moment de la fouille corporelle. Un surveillant prend des coups. À l’audience, le prévenu minimise l’incident : « J’aurais voulu vraiment, il serait mort. C’est Dieu qui donne la vie. Je suis pas Dieu, je suis pas prophète. » Il soutient que son codétenu l’avait auparavant « mis en sang », et annonce au Tribunal qu’il va mettre encore le feu en prison, « au matelas, partout », pas dupe de l’issue du procès : « Vous allez me remettre un an ou deux, allez-y, je vous en prie. » M.B. sera même sorti de la salle pendant le réquisitoire de la procureure, pour s’être exclamé : « Mets-moi 30 ans, je t’en prie. » Il a quand même pu mettre en lumière les conditions de sa détention et, serait-on tenté d’ajouter, le manque de réflexion politique et judiciaire sur la question : « Ils m’ont laissé à poil dans le cachot. J’ai mis le feu au matelas… La veille, j’ai inondé. Le lendemain j’ai pas eu d’eau. J’ai dormi la nuit sans eau, j’étais énervé, j’ai dit des paroles en l’air. » Il souligne les brimades subies : « Ils me prennent mon tabac, ils [veulent] pas me rendre mes affaires. » Quand le président revient sur les menaces de mort que M.B. a prononcées, celui-ci rappelle : « J’ai 25 affaires, j’ai que des affaires de vol, pas de viol. J’suis pas connu pour des faits de violence. » A-t-il fait l’apologie du terrorisme ? M.B. de réfuter : « Je suis pas un terroriste ou quoi que ce soit. J’sais même pas c’est qui les Kouachi. » Quant à sa violence alléguée, le prévenu la justifie une nouvelle fois par l’enfermement : « Je me mets des coups de couteau tout seul. La violence, elle est sortie quand j’ai commencé à faire de la prison. – Vous avez des projets ? demande le président. – Mon projet, vous savez ce que c’est, c’est de mettre la corde. Ils me l’enlèvent. » Un silence parcourt la salle.
Difficile, cependant, de ressentir longtemps de la compassion pour ce prévenu qui convoque Dieu sans cesse, en humble prédicateur, mais tint les propos suivants à l’encontre d’une surveillante pénitentiaire, propos opportunément rappelés par l’avocate de celle-ci : « Grosse pute, grosse salope, je vais m’occuper de toi… tu vas me sucer… je vais t’enculer et te violer, salope, mes couilles dans ton cul… je vais te retrouver et t’enterrer vivante, toi et ta famille. » On comprend que les surveillants n’attendent de la justice qu’une chose : que le détenu soit transféré dans une autre prison, quand bien même cela serait, pour le système judiciaire, une victoire à la Pyrrhus.

Benjamin Taïeb

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