1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Les collections > Bio

L'EnferméGustave Geffroy
L'Enfermé
Prix : 26,00 € 24,70
Quantité :
EAN : 9782364180253
Format 14,5 x 20 centimètres
600 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Bio ”
ISSN en cours
Dépôt légal 2° trimestre 2015
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

Pour célébrer ses 20 ans, L’AMOURIER éditions a choisi de faire resurgir de l’oubli une biographie de Louis-Auguste Blanqui, écrite par un journaliste écrivain du XIXe siècle, Gustave Geffroy. Publiée en 1897, puis en 1926 et demeurée jusqu’à ce jour indisponible, cette nouvelle édition est augmentée d’un À propos de Bernard Noël et de dessins d’Ernest Pignon-Ernest.
En 600 pages, nous parcourons le XIXe siècle et participons, avec Blanqui, aux événements tragiques qui ont œuvré à construire la démocratie moderne. Son titre L'Enfermé dit la longueur de son incarcération (intermittente), plus de 40 ans… plus de la moitié de sa vie qu'il consacra au combat pour la justice, l'égalité et la liberté, "l'avènement d'un ordre nouveau qui affranchit le travail de la tyrannie du capital".

“ Cette vie surhumaine, de douleur consentie, de sacrifice obstiné, ne peut être perdue. Elle a privé l’homme des joies habituelles, lui a infligé la douleur de ne pas être compris, aimé, lui a donné ce visage offensé… Mais l’exemple est acquis pour jamais. Dans le même individu ont cohabité deux sentiments égaux : la résignation, la révolte. Résigné pour lui, révolté pour tous. La résignation le met à la hauteur des plus stoïques. L’esprit de révolte du vieux Blanqui, salubre comme le sel de la mer, impré­gnera l’Histoire.” écrit Gustave Geffroy.

 

Extrait

IV - Mil huit cent quarante-huit

1
Il revient, il entre dans la ville quittée en 1839. Il trouve le Paris des révolutions triomphantes, la rue aux drapeaux claquants et aux torches mouvantes, qui retentit des cris des journaux, des roulements de tambours, des chants de La Marseillaise, du pas scandé de la garde nationale et de la garde mobile, des arri­vées de foules, étudiants, ouvriers, prêtres portant le crucifix auprès du drapeau rouge, s’en allant bénir l’arbre de la liberté planté aux carrefours.
Le 25, Blanqui erre, incertain, dans ce décor de bataille et de fête. Il a été joint par ses compagnons d’autrefois, ceux des sociétés secrètes et des barricades. Il écoute leurs récriminations, leurs menaces, les démonstrations par lesquelles ils s’efforcent de prouver la Révolution avortée, falsifiée par les hommes du National, si l’on n’intervient pas immédiatement. Le groupe disserte sur la place du Palais-Royal. Quelqu’un survient, raconte l’incident du drapeau rouge à l’Hôtel de Ville, l’intervention de Lamartine, comment la foule a subi l’enchantement de la parole. Il faut aviser, entrer en ligne. Rendez-vous est pris pour le soir, en armes, au Prado d’hiver, salle de danse dans la Cité. On se sépare.
Blanqui reste avec deux fidèles. Il est hésitant, ne paraît pas convaincu qu’il y ait intérêt à recommencer l’affaire, et possibilité de reprendre l’Hôtel de Ville à ceux qui l’ont pris la veille. Il voudrait se renseigner, voir Caussidière, Raspail.
Il va rue de Jérusalem, il va à la Préfecture de police, il va à l’Hôtel de Ville. Ses compagnons restent dehors, l’attendent à la Grève.
Il revient, méditatif, parle de la difficulté de la situation, de l’œuvre énorme à accomplir – surhumaine, dit-il. Celui dont on attend le signal de guerre est plein des objections de la prudence et du sang-froid. Il est sept heures. Encore un arrêt chez Caussidière. Puis, au Prado.
La séance est déjà chaude. Les crosses des fusils sonnent sur le parquet de la salle de danse. L’assistance, présidée par le Dr Crousse, avec Flotte, Fomberteaux, Lacambre, est composée de jeunes et de vieux, les étudiants du Quartier Latin, les anciens des sociétés secrètes. Il y a des hommes sombres, armés, énergi­ques et menaçants. Les visages flamboient sous les bonnets rouges tout neufs. Ceux qui ont parlé ont prêché l’action, la marche sur l’Hôtel de Ville, fusil chargé. Mais Blanqui est annoncé, attendu. On veut la voix qui sort du Mont-Saint-Michel, du profond des caveaux. Il y eut une ondulation, un frisson de la foule, lorsque la minime personne apparut, que la tête grise de l’homme jeune passa à travers les rangs. Il y eut la clameur, lorsqu’il fut debout à la tribune, chétif, mal vêtu, ganté de noir, que l’on vit surgir son pâle visage aux yeux ardents, et se lever sa main funèbre. Il y eut la clameur, puis le silence. On écoutait.
Ce que l’on entendit, ce fut le contraire de ce que l’on croyait entendre. L’eau froide sur la lave. Brusquement, de sa parole nette, brève, saccadée, Blanqui dit sa résolution. Il proteste bien contre le drapeau tricolore levé par Lamartine contre le drapeau rouge, mais il adjure ses compagnons de ne pas mettre la République en danger. Il assure que l’heure serait mal choisie, que l’on peut prévoir un mauvais lendemain à un coup de force, qu’il faut ajourner la marche sur l’Hôtel de Ville.
Il est effrayé et incrédule comme Proudhon. Il ose dire à un millier d’hommes réunis sur un point de Paris qu’ils méconnaissent les ensembles. Il leur apprend que la France n’est pas républicaine, que la révolution accomplie la veille est une surprise heureuse, rien de plus, que si les condamnés politiques de Louis-Philippe étaient portés au pouvoir par une nouvelle surprise, la province croirait revenus les jours de la Terreur et de la Conven­tion, prendrait peur, que la garde nationale elle-même n’a été que la complice involontaire du peuple, et que les boutiquiers de Paris pourraient bien, comme les gens de province, refaire ce qui a été défait.
Il va jusqu’à montrer, derrière les révolutionnaires qui l’écou­tent, et derrière le coup de main qu’ils voudraient tenter le soir même, d’autres hommes énergiques également prêts au coup de main, et qui s’aviseront, eux aussi, de prendre le pouvoir de la même manière.
Il fait apparaître une République ainsi disputée comme un champ de bataille où se battent les factions.
Ce qu’il demande à ceux qu’il veut convaincre, c’est de prendre patience, d’organiser révolutionnairement le peuple dans les clubs, de préparer le jour de la Force.
Il conquit ces hommes par la stupéfaction, il sut apaiser leur violence encore grondante. Jusqu’à dix heures du soir, il parla, il opposa la discussion, la dénégation, aux propos échauffés, il dépensa son énergie à empêcher l’action, à obtenir le crédit pour le pouvoir improvisé la veille. Aux violences, il répond par l’incrédulité, la négation ; aux cris, il répond par le raisonnement, il demande la patience. À dix heures, il sortit, toujours suivi de ses deux compagnons. Ils marchèrent d’un pas errant pendant une heure, descendirent aux Thermes par la rue de la Harpe.
– Avez-vous dîné ? dit Blanqui.
– Non…
Lui non plus. L’un possédait soixante-dix centimes ; l’autre, un franc.
Blanqui regarda dans une bourse tricotée :
– J’ai à peu près trente sous, dit-il, c’est assez pour demain. Il avisa une boulangerie encore ouverte, acheta un pain de deux sous. Ils repartirent, se séparèrent boulevard Poissonnière. Blanqui n’aimait pas que l’on sût ses domiciles. Il disparut dans le noir.


Lire un autre extrait

Lire le dossier de presse

Lire la revue de presse

Site e-commerce par Raynette.