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Les collections > Fonds Proses

ÉthiopiquesChristophe Bagonneau
Éthiopiques
Prix : 14,50 € 13,78
Quantité :
EAN : 9782364180222
Format 14,5 x 20 centimètres
138 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN : 2259-6976
Dépôt légal 1er trimestre 2015
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

On dit que le chant de Kebkab est un don du ciel. Sa voix, dans cette lointaine contrée d’Éthiopie, ferait pleurer les montagnes. Pourtant, lui, le plus brillant des étudiants en théologie va douter. Pire : il manifeste son doute, risquant d’être privé de toute fonction au sein de l’Église. Le Conseil des Anciens décide que la foi de Kebkab doit être mise à l’épreuve. Il est envoyé vers Lalibela, la Jérusalem noire, première étape d’un parcours initiatique au cours duquel il va rencontrer successivement trois ermites. Leur enseignement de L’Évangile secret de Philippe va ébranler sa vie et le ramener au souvenir de son ami, Gezagn, grand amateur d’art et de sciences, futur roi de la tribu des Konsos, peuple que Dieu n’a pas touché.
Dans une langue flamboyante deux chemins s’entre­croisent pour nous offrir une odyssée intemporelle où le sens du doute est magnifié à hauteur de celui de la foi.

 

Extrait

Voilà à quoi ça ressemble au cœur du songe, encore que je n’aie aucune conscience que ce soit la nuit, le sommeil ou le rêve. C’est l’image d’un lion qui se tient devant moi, en pleine lumière, au milieu d’un chemin poussiéreux et interminable. Je n’éprouve ni peur ni angoisse, mais l’imperceptible tremblement de mon corps tout entier happé par le frisson, attiré par la bête et soulevé vers elle comme dans un unique mouvement qui semble en même temps m’entraîner dans ses profondeurs ; se confondant alors avec ce que je crois percevoir de moi-même, je ne ressens plus maintenant que sa puissance royale et flamboyante… quelque chose qui me culmine, qui me force et qui, dans un ciel impec­cablement turquoise, me révèle et me désire. C’est pourquoi je ne sais plus, à ce point du songe, si c’est moi essayant de le dompter ou si c’est lui domestiquant en moi ce qui reste de païen, ce qui veut encore monter, se libérer, se donner cours, tandis que je m’approche, que je l’enlace, que je le grimpe, que je me hisse sur son dos, où quelque chose alors me saisit et me corrompt, juste avant que la bête ne bondisse.
Je reste accroché à ses flancs, mes mains s’agrippent à la lumière de sa crinière, et mes jambes, recroquevillées sous le ventre du monstre, grouillent sous lui comme les anneaux d’un serpent. Je me mets à siffler, à rugir, à claquer de la langue ; je suis lion avec le lion, feu avec le feu, ivre avec l’ivresse ; je suis incendie allumé sous mes fesses, flamme orientée, dirigée, en joug contre moi-même, et flammèches tout autant en train de se lécher les cuisses ; je suis avec le félin instinct bondissant, pulsion incontrôlable, animalité rayonnante et chaleur dévorante lâchée sur ses propres terres, brûlées et vierges ; je suis sang refoulé, lionne en furie ; je suis pulsion, fantasme, émotion, sans rien qui ne puisse arrêter l’élan de cette chevauchée fantastique. Car le lion poursuit sa course, ses muscles continuent de chalouper sous moi, de me masser l’entre-jambes, de m’emporter dans l’incroyable bien-être de cette folle embardée… puis les jumeaux, les biceps cruraux, les adducteurs, les tenseurs, les fessiers (tout ce dont jusque-là j’ignorais la nomenclature) de se tendre, se bander, s’électriser, se cramponner au plaisir, et ma voix tout au-dessus partir en feulement, en longues notes flûtées et pleines de soleil, de chaleur animale et de ciel d’été, accompagnant de ce chant de victoire ce que je sens alors jaillir hors de mon ventre, s’expulser, se répandre, puis couler, onctueux et primordial… tout au bout de ma chair incendiée et réjouie.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, je n’ai vu dans l’obscurité de la pièce que le visage inquiet de mon père qui, tiré du lit par mes gémissements, se penchait sur moi pour écouter ma respiration saccadée. Sous ma couverture et sous ma tunique, discrètement, au-dessous du nombril, je sentais quelque chose me couler sur la peau. C’était gluant, mouillé et froid. Mais je n’osais pas cependant tendre encore la main vers ce que la nuit avait produit. Je m’étais bien souvent ainsi réveillé, mes affaires trempées et le souffle court, mais c’était la première fois que cet épanchement épais était précédé d’un tel rêve, d’un tel détournement de la dilection. Le regard de mon père était vide, perplexe, à peine teinté de tristesse, de peur peut-être, de fatalité assurément. Il me fit signe de me rendormir, et s’éloigna. Dans la nuit, je n’entendis plus que ses savates qui traînaient le pas sur le sol, et le cliquetis de son chapelet… tandis que sur ma peau quelque chose se liquéfiait à nouveau, coulait encore un peu, cherchant à doucement imbiber le pan de mon vêtement.



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