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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle4 février 2015
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Comme on pouvait s’y attendre, les événements de janvier ont encore, un mois après, des répercussions sur la justice pénale ordinaire, et en premier lieu sur la population musulmane, déjà bien stigmatisée à Nice. Comprenez-moi bien : je n’ai aucune sympathie, pour user d’une litote, vis-à-vis d’un détenu qui aurait crié d’une voiture, devant un commissariat de police, dans le quartier de l’Ariane, le 9 janvier : « 100% Kouachi ! », avant de faire un doigt d’honneur aux forces de l’ordre. Seulement les six mois de prison avec sursis, retenus dans cette affaire à l’encontre de M. Y., 18 ans, me paraissent être une réponse à la bêtise aussi absurde que disproportionnée.
D’abord parce que le prévenu vient de passer plus de trois semaines en prison, sa demande de liberté ayant été rejetée. Ca lui a laissé le temps de réfléchir à ses éventuels propos. Ensuite, parce que M. Y., s’il a prononcé ces quatre mots : « 100% Kouachi ! », ne les assume pas du tout, estimant qu’il paie ici à la place d’un autre : « Je ne reconnais pas les faits. Je vis un grand cauchemar. Je souffre, tous les jours, je pleure ». Il ajoute : « J’ai aucune raison de faire ça, de dire ça. Je n’ai pas été éduqué comme ça, j’ai rien à gagner à faire le malin ». Aux trois policiers, absents à l’audience, qui l’auraient reconnu formellement : « C’est pas moi. C’est invivable. C’est impossible. Tout ce que je sais, c’est que je suis en train de payer à la place d’un autre ». Est-ce qu’il a une idée de l’auteur de l’infraction ? « Je ne vais pas vous mener sur une fausse piste, je sais rien ». Enfin, M. Y. a un alibi : il soutient qu’il était dans un snack au moment des faits, en train de manger son sandwich. C’est lui qui souligne, en habitué des lieux : « Monsieur le président, y a trois caméras ! ». Pourtant, on apprend qu’aucune vidéo n’est exploitable, ni au snack, ni au commissariat. Effacées, les images. D’un point de vue juridique, on peut en outre se demander, avec l’avocat de la défense, si les gestes et propos, défi stupide envers les policiers, ne relèveraient pas plutôt de la qualification d’outrage à agents, que de l’apologie d’un acte de terrorisme.
La procureure n’a pas le moindre doute sur l’auteur de l’infraction, « la vérité est tellement évidente » : la description physique – un nord-africain, au visage rond et à forte corpulence – et la tenue vestimentaire ne correspondent-elles pas au signalement ? Et, ultime argument : « Il n’était pas question d’envoyer un dossier approximatif devant la juridiction ». Balayées les dénégations véhémentes du prévenu. Balayée la thèse du snack, où M. Y et ses copains traînent souvent leurs guêtres, quand bien même le gérant du restaurant aurait précisé, après M. Y., et sans qu’ils aient pu se consulter, que ce dernier n’avait pas payé l’addition.
Lors de l’audition de M. Y. par les policiers, il lui a été demandé : « Que pensez-vous des extrémistes ? ». Réponse du prévenu : « Ce sont des fous, pire que ça encore, c’est de la merde. J’ai pas été élevé dans l’ambiance religieuse. Les Kouachi, que je compare à des enculés de fou, ils me mettent dans la merde depuis 48 heures ». Ce n’est certes pas très poétique. Mais admettez qu’on a vu plus franc, comme soutien au terrorisme. « Vous voulez ajouter quelque chose ? interroge le président. « S’il vous plait, faites quelque chose pour moi », implore le prévenu. Il n’a pas été entendu.

Benjamin Taïeb

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