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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

Chambre correctionnelle5 septembre 2014
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C’est la rentrée pour le Tribunal correctionnel. Dans le public, une vingtaine de personnes frigorifiées par une climatisation trop forte, comme un avant-goût de l’exemplarité des peines qui attendent les prévenus : les deux cousins tunisiens en savent quelque chose qui, leur casier judiciaire vierge à ce jour, viennent d’être condamnés à quatre mois de prison ferme pour un vol à 3h15 du matin d’une « pochette » sur la plage de Nice. Et tant pis si les policiers les ont interpellés dans la foulée et que les affaires ont été restituées ; ici, on ne plaisante pas avec la petite délinquance, étrangère de surcroît, qui vient enquiquiner nos touristes l’été.
Beaucoup d’étrangers sont jugés aujourd’hui : c’est que les interprètes font également leur rentrée. Un Allemand de 22 ans, venu « apprendre le français », a commis dans un jardin public des attouchements sur deux mineures de 5 et 7 ans. C’est l’oncle qui vient représenter l’une des filles, il dit que la mère, présente à ses côtés, ne parle pas français. Ah, on n’a pas prévu d’interprète pour la partie civile et l’oncle ne détient pas l’autorité parentale… Et le Président d’expliquer à ce dernier que la mère doit faire une demande chiffrée du préjudice moral allégué. L’oncle est donc invité à discuter deniers à l’extérieur de la salle avec la mère qui ne réalise pas bien ce qu’il se passe, tandis que le prévenu à l’« appétence pédophilique », dixit l’expert psychiatrique, se tient raide dans son box, blanc comme un linge. Les parties civiles sorties, une auxiliaire de justice s’interroge : compte tenu de l’âge de « l’oncle », celui-ci ne serait-il pas plutôt le père de l’enfant ? On le rappelle à l’audience.
-    Vous êtes le papa de la fillette ?
-    Non, mais…
-    Comment ça, « non, mais… » ? vous êtes le papa, oui ou non ?
-    Non mais… je suis le compagnon de la mère.
Le prévenu sera jugé après la suspension de l’audience, laissant les parties civiles formuler par écrit une demande de 2.000 euros ; on ne verra plus la mère et son concubin : sans doute n’ont-ils pas compris qu’on allait enfin interroger le « sujet », poursuivi pour des actes similaires en Allemagne, et qui fait des grands hochements de tête mécaniques quand le Président évoque avec lui la nécessité d’un suivi médical.
Entretemps, un Nigérian domicilié en Espagne, M. I., jamais condamné en France, est jugé pour transport et détention de stupéfiants : arrêté à La Turbie, il est soigné après qu’il a admis avoir ingurgité pas moins de 48 ovules de drogue, soit 483 grammes de cocaïne et 223 grammes d’héroïne contenus dans son tube digestif… Les autorités douanières n’ayant retrouvé « que » 47 ovules, il a fallu plusieurs prolongations de séjour du prévenu à l’hôpital pour être sûr que son estomac fût bien nettoyé.
M. I. refuse un délai pour préparer sa défense, accepte de répondre aux questions, reconnaît les faits. Manœuvre sur les chantiers, il explique que ses revenus sont irréguliers depuis 2009 et que son père est décédé il y a trois mois au Nigéria. Ne pouvant payer son voyage, et la famille devant être entièrement réunie pour enterrer l’aïeul, il a accepté 300 euros pour le transport des stupéfiants, une avance sur les 1.200 euros qui devaient lui être remis à son arrivée à Milan.
La Procureure ironise sur l’absence de pièces pour justifier de la situation financière et des problèmes familiaux de M. I., lequel ne produit pas de certificat de décès ; on en oublierait presque qu’il est jugé en comparution immédiate pour des faits commis trois jours plus tôt. La défense a beau rappeler qu’un homme, sauvé d’une mort certaine par le contrôle des agents, a risqué sa vie pour 1.500 euros, et le prévenu affirmer dans un cri étouffé : « Je vous assure que mon père est mort ! », le Tribunal le condamne à trois ans d’emprisonnement ferme, peine assortie d’une interdiction de cinq ans du territoire, sans oublier l’amende de 28 240 euros réclamée par la douane : il faut bien que justice passe.

Benjamin Taïeb

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