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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle17 septembre 2014
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On ne compte plus les pièces de théâtre où le choix cornélien fait office d’intrigue, dilemme qui ne se peut résoudre positivement pour le héros ou l’héroïne de la tragédie, quand l’amour le dispute à la raison. Dans nos prétoires aussi le drame se joue, chaque semaine des femmes fragilisées se trouvent tiraillées entre deux mauvaises options, sous l’influence d’un amant ou victimes d’un compagnon brutal.
Mme B., mère célibataire au casier vierge, est tombée amoureuse du détenu M. W. qu’elle a connu via Facebook il y a huit mois – un surveillant a fait entrer plusieurs téléphones avec accès à internet à la maison d’arrêt de Nice, où le détenu purge une peine –. Suite aux demandes répétées de M. W., Mme B., qui avait obtenu un permis de visite et le voyait « deux-trois fois par semaine », est allée dans une boulangerie : un jeune homme lui a alors remis 28 grammes de cannabis qu’elle a transmis à son compagnon.
Le détenu, tête et yeux baissés, dit tout assumer. Son amie est à la barre. En pleurs, elle ne cesse de triturer ses doigts derrière le dos, la main droite à l’horizontale dans la main gauche. M. W. affirme qu’il a subi la pression d’un autre détenu. Il ajoute avoir été frappé par le surveillant après la fouille, montre son cuir chevelu, s’agite, le président se met à lire son casier, le calme revient. Le détenu repart entouré des agents. Des yeux, Mme B. cherche à l’accompagner aussi loin qu’elle le peut, jusqu’au bout du couloir.
Il est cet après-midi une autre histoire d’amour qui finit mal : la jeune Mme N. souhaiterait faire cesser les coups de M. D. sans l’envoyer en prison, celui-ci étant le père de son enfant de trois ans. Elle a ainsi plusieurs fois refusé de déposer plainte contre lui, et ne s’est pas constituée partie civile. On devine aussi, écoutant sa voix douce, voyant ses épaules en dedans, qu’elle craint les représailles. Il le sait bien, l’Artaban.
Regardez-le : c’est un bel homme de 27 ans, grand, et derrière son ample tee-shirt de football, se devine une saillante musculature. À la manière des footballeurs justement, sa tête est rasée sur les côtés, surmontée de cheveux bruns coiffés en brosse. Seul le nez n’est pas parfaitement lisse, marque de sa récente dispute avec la victime, celle-ci l’ayant « croqué » pour qu’il lâche prise. Le nez de Mme N., le détenu l’a fracturé à de nombreuses reprises ; tandis que le président égrène les jours d’I.T.T de la victime – étudiante en première année de psychologie et qui a entamé un double cursus pour devenir « éducatrice spécialisée » – M. D. se tient droit, l’allure fière. Il ne semble guère prendre la mesure de la gravité de ses actes, n’affiche aucun remords. La lecture de son casier judiciaire glisse sur lui, telle l’eau sur les plumes d’un canard. Tout juste remue-t-il les lèvres lorsque le président évoque sa première condamnation pour « violence avec arme » devant le Tribunal pour enfants. « Vous ne vous en rappelez pas ? » demande le magistrat. « Non », répond le détenu, peu loquace. « – Il semblerait que vous ayez un problème avec l’alcool ? –  Non ». M. D. ne comprend pas vraiment pourquoi on lui pose des questions : jugé en comparution immédiate, il a demandé un délai auquel il a droit pour préparer sa défense. Mme N. quitte le Palais de justice, elle ne sait s’il est maintenu en détention, elle doit aller chercher son enfant, leur enfant.

Benjamin Taïeb

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