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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle24 septembre 2014
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« Je te démonte la gueule parce que tu es une grosse merde de mère ! ». Même dépassionnés dans la bouche de la présidente, ces mots font forte impression à l’audience. L’auteur des propos, M. S., enregistré fin 2012 à son insu par sa femme, est vissé sur son banc. Les époux, en procédure de divorce, ont un enfant de dix ans, dont la mère a obtenu la garde il y a deux ans. C’est elle qui se présente à la barre, très digne, expliquant que son mari est parti pour une relation extra-conjugale. Elle dit : « Je suis Professeure. J’assume mon travail, l’éducation de mon fils ». Elle ne tolère pas les insultes : « Il aurait dû me dire merci pour le vide que j’ai assumé ». Elle ajoute : « Depuis cet été, il ne souhaite plus prendre son fils ». Ainsi, au mois de juillet, le père n’a gardé son enfant « qu’une semaine au lieu d’un mois », quand « tout était rentré dans l’ordre dans les droits de visite ».
Alors M. S., plutôt fluet, entre en scène. Il faut le voir, ce père, rougi par l’émotion, donner sa version des faits : « Je n’ai pas vu mon enfant pendant (les) trois mois et demi » qui ont suivi la séparation. « J’allais le voir derrière le grillage » de l’école. Il faut l’entendre, ce père, tonner : « Je me présentais à l’école pour pas que mon fils croie que je l’ai abandonné ! » et poursuivre : « Le Directeur m’a convoqué. On a cru que j’étais un pédophile ! ». La mère aurait harcelé son entourage : ses parents, sa nouvelle compagne et les services sociaux. En une minute, le monstre froid décrit par l’épouse est devenu humain et, peu à peu, la femme, sous les traits de son mari, se transforme en Médée, son enfant en otage. Car on ne peut plus l’arrêter, M. S., il a trop à dire : « J’ai fait venir une patrouille de police pour récupérer mon fils… Je devrais passer des heures avec vous pour discuter des choses ». – « Je crois qu’on a compris le contexte », intervient la présidente. – « Je ne suis pas violent. Je suis auxiliaire de puériculture ». Silence. L’argument fait mouche. « C’est la première fois que je peux m’exprimer et qu’on m’écoute ». M. S. évoque les vacances d’été, ses parents qui ont fait 1.000 km pour venir à Nice, louer un appartement et garder leur petit-fils, parce que la Juge aux Affaires Familiales a autorisé le père à voir son enfant tous les jours de 9h à 18h au mois de juillet ; or, le prévenu travaille en juillet, son établissement ferme au mois d’août… M. S. raconte qu’il a été contraint de rendre l’enfant à sa mère au bout d’une semaine : celui-ci était « abominable avec ses grands-parents », hurlant dès qu’ils s’approchaient de lui. Il souligne enfin que « Madame a refusé une médiation » et qu’il paie tous les mois une pension alimentaire « pour un enfant que je ne peux pas voir ».
Le procureur redoute que la chambre correctionnelle devienne « l’antichambre du Juge aux Affaires Familiales », et, en effet, M. S. est là pour répondre pénalement des insultes enregistrées sur le message téléphonique. La présidente opine du chef. On recadre le débat, bien que personne ne soit dupe : après l’éventuelle condamnation du prévenu, le différend entre les futurs ex-époux restera entier. « Alors, (il en sera) fait de nous si nous ajoutons un malheur nouveau à l’ancien avant d’avoir épuisé le premier » (Médée, Euripide).

Benjamin Taïeb

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